‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 83 sur 442 · ACTE IV, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VII

Dieu, et j'avais pleuré. Pleuré seulement ? Je m'emportai aussi contre Dieu; je me livrai a la colère, à la fureur; je maudis l'univers et moi-même; je jurai aux chrétiens une haine irréconciliable.

le moine. — Hélas! je le crois bien.

Nathan. — Cependant la raison revint peu à peu; elle me parla avec sa douce voix : « Et pourtant il y a un « Dieu, et cependant ceci a été clans les desseins de Dieu ! « Courage! allons! pratique ce que tu as conçu depuis « longtemps; ce qui n'est certes -pas plus difticile à « pratiquer qu'à concevoir, pourvu seulement que tu le » veuilles. Lève-toi! » Je me levai, et m'écriai vers Dieu : « Je le veux. Veuille seulement que ce soit ma volonté 1» Alors vous descendîtes de cheval ; vous me présentâtes L'enfant, qui était enveloppé dans votre manteau : ce que vous me dites alors, ce que je vous répondis, je l'ai oublié; je me souviens seulement que je pris l'enfant, je l'embrassai, je le posai sur mon lit, je me jetai à genoux, et je dis en sanglotant : « Mon Dieu, en voici déjà un que tu me rends sur sept! »

le moine. — Nathan, Nathan, vous êtes un chrétien! Par le Seigneur, vous êtes tm chrétien; il n'y eut jamais un meilleur chrétien.

xathan. — Tant mieux pour nous ; car ce qui me rend chrétien pour vous, vous fait juif pour moi : mais ne nous affaiblissons pas l'un l'autre; il y aura besoin d'agir. Et bien qu'un septuple amour m'ait uni à cette étrangère. mon unique fille, bien que la pensée de perdre de nouveau en elle mes sept enfants soit la mort pour moi, *i la Providence veut la reprendre de mes mains, j'obéirai.

le moine. — Voilà le chrétien parfait! J'hésitais tant à vous le conseiller et cependant votre bon génie vous l'a déjà conseillé.

nathan. — Mais il ne faut pas que le premier venu veuille me l'arracher.

le moine. — Certainement non.

.NATHAN. — Celui qui n'a pas sur elle de plus grands

droits que moi, doit en avoir du moins de plus anciens...

le moine. — Sans doute.

natuan. — Des droits que lui confère la nature et le sang.

le moine. — Oui, je le pense de môme.

natuan. — Nommez-moi donc bien vite l'homme qui lui tient de près comme frère, comme oncle, comme cousin, ou même comme parent; je ne la lui refuserai point. Elle a été crée, elle a été élevée pour être l'ornement de toute famille, de toutè croyance. J'espère que vous en savez plus que moi sur votre seigneur et sa famille.

le moine. — Cela m'est assez difficile, brave Nathan; car, ainsi que je vous l'ai dit, je n'ai passé auprès de lui que bien peu de temps.

natiian. — Vous savez du moins de quelle famille était sa mère? N'était-elle pas une Stauffen?

le moine. — C'est bien possible. Oui... il me semble.

natiian. — Son frère ne se nommait-il pas Conrad de Stauffen? N'était-il pas templier?

le moine. — Oui, si je ne me trompe. Mais, attendez: je me rappelle que j'ai encore un petit livre qui vient de mon défunt seigneur; je le pris dans son sein, quand nous l'enterrâmes à Ascalon.

natuan. — Eh bien?

le moine. — Il contient des prières : nous nommons cela un bréviaire. Cela, pensais-je, pourra servir à quelque chrétien; pas à moi, car je ne sais pas lire.

natuan. — C'est égal. Au fait.

le moine. — Dans ce petit livre, au commencement et à la fin, sont écrits, m'a-t-on dit, de la propre main de mon maître, toute sa parenté et celle de sa femme.

natuan. — Plût au ciel! Allez, courez; apportez-moi ce livre; vitel je le payerai au poids de l'or, et de toute ma reconnaissance; hàlez-vous, courez.

le moine. — Bien volontiers : niais c'est en arabe que mon maître à écrit.

(Il sort.)

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