‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 92 sur 442 · AL 'TE V, SCENE V · texte numérisé non relu

AL 'TE V, SCENE V

vous prendre la jeune fille, si elle n'appartient qu'à vous; il peut l'enlever de votre maison, mais seulement pour la mettre en un couvent : donnez-moi-la donc, donnez-la-moi seulement, et laissez-le faire. Ah ! il faudra bien qu'il renonce à m'enlever ma femme! Donnez-la moi! Tout de suit*'! Qu'elle soit votre fille ou qu'elle ne la soit pas; qu'elle soit chrétienne, juive ou tout autre chose, cela ne fait rien, rien du tout. De ma vie, je ne vous interrogerai, ni maintenant, m jamais plusà ce sujet : qu'il en soit tout ce que vous voudrez!

natuan. — Vous imagineriez- vous qu'il me fût absolu ment nécessaire de cacher la vérité?

le templier. — Qu'il en soit ce que vous voudrez.

nathan. — Je n'ai nié ni à vous, ni a personne à qui il importai de le savoir, qu'elle fût chrétienne et ma fille d'adoption seulement. Et si je ne le lui ai point révélé à ellemême, c'est auprès d'elle seule que j'ai à m'en justifier.

le templier. — Gela ne sera même pas nécessaire auprès d'elle. Laissez-lui donc le bonheur de vous regarder toujours des mêmes yeux; épargnez-lui cette révélation. C'est encore à vous, à vous seul qu'il appartient de disposer d'elle. Donnez-la-moi. je vous en conjure, Nathan donnez-la-moi : je suis le seul qui puisse une seconde fois vous la sauver, et je la sauverai.

nathan. — Oui, vous le pouviez, vous le pouviez; mais plus à présent, il est trop tard.

le templier. — Comment donc, trop tard ?

natuan. — Grâce au patriarche....

le templier. — Grâce au patriarche! grâce à lui! Pourquoi? Aurait-il mérité notre reconnaissance? Comment? comment ?

nathan. — Parce que nous savons maintenant de qui elle est parente; parce que nous savons aux mains de qui elle peut être remise en sûreté.

le templier. — Que ceux-là lui en rendent grâce... qui pourraient lui devoir plus de reconnaissance!

nathan. — C'est de leurs mains qu'il vous faut maintenant l'obtenir, et non des miennes.

le templier. — Pauvre Recha ! Comme tout vient t'as-

saillir, pauvre Recha ! Ce qui serait un bonheur pour d'autres orphelins est un malheur pour toi. Nathan!... Et où sont-ils ces parents?

natiian. — Où ils sont?

le templier. — Et quels sont-ils?

Nathan. — Il s'est trouvé un frère h qui surtout il vous faudra la demander.

le templier. — Un frère! quel est-il ce frère? Soldat ou clerc? dites-moi ce que je puis espérer.

nathan. — Je crois qu'il n'est ni l'un, ni l'autre, ou bien tous les deux. Je ne le connais pas encore fort bien.

le templier. — Et d'ailleurs. . .

nathan. — Un brave homme. Piecha ne se trouvera point du tout mal avec lui.

le templier. — Un chrétien pourtant! Je ne sais souvent que penser de vous. Ne m'en veuillez pas, Nathan, ne sera-t-elle pas obligée de faire la chrétienne parmi les chrétiens? et ne deviendra-t-elle pas, à la fin, ce qu'il lui aura fallu paraître pendant longtemps? Et ces nobles semences que vous avez mises en elle, ne seront-elles pas à la fin étouffées par les mauvaises herbes? Et cela vous inquiète si peu ! et malgré tout cela vous pouvez dire, vous, qu'elle ne se trouvera point du tout mal avec son frèrel

nathan. — Je le pense, je l'espère. S'il y avait quelque mécompte pour elle de ce côté, n'aurait-elle pas toujours vous et moi ?

le templier. — Oh! elle n'a point de mécompte a craindre. Ce cher frère ne s'empressera-t-il pas de donner amplement à sa chère sœur nourriture, vêtement, friandises, parures? et que faut-il de plus à une chère sœur?... Ah ! oui, sans doute un mari! Hé bien, hé bien ! lécher frère se chargera aussi de lui en procurer un, quand il en sera temps; et ce sera a lui de le choisir, bien chrétien, et des meilleurs. Nathan! Nathan! quel ange vous aviez formé, et d'autres vont vous le défigurer.

nathan. — Il n'y a rien à craindre; il sera toujours digne de notre amour.

le templier. — Ne dites pas cela, ne le dites pas de mon amour I Car, lui, il ne se laisse rien ravir, rien, fût-ce la

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