ACTE Y, SQENE YJ. 1 2 J
sittah. — Qu'as-tu, cher amour?
bêcha. — Ce père...
sittah. — Dieu ! tu pleures?
recha. — Et ce père... Ah! il faut parler. Mou cœur veut de l'air, de l'air!
(Elle se jette à ses pieds en fondant en pleurs.)
sittah. — Enfant, que t'est-il arrivé? Recha!
recha. — Ce père, il faut... il faut que je le perde.
sittah. — Toi, le perdre? lui?... pourquoi?... Calmeloi... Jamais!... Lève-toi.
recua. — Ce n'est pas en vain que tu te seras offerte à être mon amie, ma sœur.
sittah. — Oui, je la suis, je la suis. Lève-toi ou je vais appeler au secours.
recha se lève et se remet. — Ah ! pardonne, pardonne. Ma douleur m'a fait oublier qui tu es : devant Sittah. il ne doit y avoir ni sanglots, ni désespoir; la froide, la tranquille raison seule peut quelque chose sur elle, et si cellelà plaide devant elle la cause de quelqu'un, il triomphe.
sittah. — Eh bien?
recha. — Non, mon amie, ma sœur n'y consentira jamais; elle ne permettra jamais qu'on me contraigne à avoir un autre père.
sittah. — Un autre père? par contrainte? toi? Qui le pourrait? qui peut le vouloir, cher amour?
recha. — Qui? c'est ma bonne et méchante Daya qui peut le vouloir... qui veut le pouvoir... Ah! tu ne connais pas cette bonne et méchante Daya ? Que Dieu lui pardonne et la récompense! elle m'a fait tant de bien !... elle me fait tant de mal !
sittah. — Du mal, à toi?... Il faut donc qu'elle ait bien peu de bonté.
recua. — Si, elle en a beaucoup, beaucoup.
sittah, — Qui est-elle?
recha. — Une chrétienne qui a soigné mon enfance, qui m'a donné, tant de soins! tu ne le crois point... qui ne m'a pas laissé apercevoir que je n'avais point de mère... Que Dieu la récompense!... Mais elle me jette dans de telles angoisses, dans de tels tourments !
i 24 NATHAN LE SAGE.
siTTAii. — El à quel sujet? pourquoi? comment?
recha. — Ah! la pauvre femme!... Je le l'ai dit, c'est une chrétienne, et il faut bien que par affection elle me tourmente : elle est, de ces fanatiques qui s'imaginent connaître la seule véritable, L'universelle route qui conduit à Dieu.
sittaii. — Ah ! j'entends.
reciia. — ,Et qui se sentent forcés de ramener dans celte route chacun de ceux qui s'en écartent. A peine peuventils faire autrement; car, s'il est vrai que cette route soit en effet la seule véritable, comment laisseraient-ils tranquillement leurs amis s'égarer sur une autre qui les précipitera dans leur ruine, dans leur ruine éternelle? Il faudrait donc qu'il fût possible d'aimer et de haïr à la fois?... Aussi ce n'est pas là ce qui me force enfin à me plaindre d'elle si hautement. J'aurais bien pu supporter pendant plus longtemps encore ses soupirs, ses avis, ses supplications, ses menaces; je l'aurais fait volontiers; il m'est même toujours venu par là des pensées bonnes et utiles. Et qui n'est pas flatté au fond de se sentir tant aimé, tant chéri par quelqu'un, n'importe qui ce soit, qu'il ne puisse supporter l'idée d'être un jour sépare de vous à jamais?
sittaii. — C'est très-vrai.
REcnA. — Mais... mais... cela va trop loin. A ce: c ne puis rien opposer, ni patience, ni réflexion, rien.
sittaii. — Comment? à quoi?
recha. — A ce que tout à l'heure même elle a voulu me révéler.
sittaii. — Révéler? et tout à l'heure?
itEcnA. — Tout à l'heure seulement. En venant ici, nous passions près d'un temple chrétien en ruine : tout à coup elle s'est arrêtée; elle semblait soutenir un combat intérieur; elle portait ses yeux en pleurs tantôt vers le ciel, tantôt sur moi. « Viens, dit-elle enfin, abrégeons le chemin en traversant ce temple. » Elle marche; je la suis, et mon œil errail avec effroi sur ces ruines chancelantes; clic s'arrête encore, et je me vois au milieu df* marches écroulées d'un autel vermoulu. Qu'ai-je éprouvé, lorsque