SCÈNE VII
LES PRÉCÉDENTS, SALADLN.
saladin. — Qu'est-ce donc, Sittah?
sittah. — Elle est hors d'elle-même, Dieu !
saladin. — Qui donc?
sittah. — Tu sais bien...
saladin. — La fille de notre Nathan! qu'a-t-elle?
sittah. — Reviens à toi, mon enfant. — Le sultan...
recha, se traînant sur ses genoux, et lu tête baissée jusqu'à terre vers le sultan. — Je ne me relèverai point... je ne porterai point mes regards sur le visage du sultan... je ne chercherai point dans ses yeux, je n'admirerai point sur son front l'éclat de la justice et de la bonté éternelles, avant que...
saladin. — Lève-toi, lève-toi.
recha. — Avant qu'il m'ait promis...
saladin. — Viens, je te le promets; quoi qu'il en soit.
recha. — Rien de plus, rien de moins que de me laisser mon père, et de me laisser à lui. Je ne sais pas encore quel autre demande à être mon père, quel autre peut le
I2fi NATHAN LE SAGE.
demander : je ne veux pas le savoir. N'est-ce donc que par le sang qu'on est père, seulement par le sang?
saladin, la relevant. — (Ah! je devine.) Qui donc a été assez crael pour te mettre, à toi. de pareilles choses en lête .' Est-ce donc une chose déjà tout à fait prouvée, démontrée ?
recha. — Il faut bien, carDaya le tient de ma nourrice.
saladin. — De ta nourrice:'
bechà. — Qui, en mourant, s'est crue obligée de le lui confier.
saladin. — En mourant ! n'était-ce pas en délirant ? Et quand cela serait vrai? Tu as raison : ce n'est pas le sang, le sang seulement qui fait le père : à peine fait-il le père chez les animaux; il donne tout au plus le premier droit d'acquérir ce nom. Ne t'abandonne pas au chagrin. Saistu ce qu'il faut faire? Dès que les deux pères viendront te disputer, laisse-les tous les deux: prends-en un troisième, prends-moi pour ton père.
sittah. — Oui, fais cela, fais cela.
saladin. — Je serai un bon père, un excellent père! Mais écoute, il me vient une idée beaucoup meilleure. Qu'as-tu besoin de père-7 Si la mort te l'enlevait ? Cherchons celui qui doit marcher du même pas que toi dans la vie. Ne connais-tu personne ?
sittah. — Ne la fais pas rougir.
saladin. — Je me l'étais proposé. Si rougir embellit les laides, quelle beauté n'en reçoivent pas les belles ! J'ai mandé ici .ton père Nathan et encore une autre personne. Devines-tu qui c'est? Ici; tu me le permets bien, Sittah?
sittah. — Frère...
saladin. — Et c'est devant lui qu'il faudra beaucoup rougir, chère enfant.
recha. — Rougir, devantqui?
saladin. — Petite hypocrite, aimeras-tu mieux pâlir? comme tu voudras, ou comme tu pourras. (Une esclave entre efS'approche de Sittah.) Ne sont-ce pas déjà eux:'
sittah, à l'esclave. — C'est bon, qu'ils entrent. Ce sont eux, mon frère.