SCÈNE VIII
les précédents, NATHAN et LE TEMPLIER.
saladin. — Ah! mes bons, mes chers amis! — Il faut avant tout que je te dise, Nathan, que tu pourras quand lu voudras envoyer reprendre ton argent.
Nathan. — Sultan...
saladin. — ^laintenant, moi aussi je suis tout à ton service.
nathan. — Sultan...
saladin. — La caravane est ici : me voilà redevenu plus riche que je ne l'ai été depuis longtemps. Viens, dis-moi ce qui te serait nécessaire pour entreprendre quelque grande affaire:, vous aussi, car vous autres commerçants, vous ne sauriez jamais avoir trop d'argent comptant.
natiiax. — Et pourquoi commencer par parler de ces misères-là? Je vois ici des yeux en larmes qu'il m'est bien plus important de sécher. [Il s'approche de Rtcha.) Tu as pleuré, qu'as-tu donc ? Tu es encore ma fdle.
recha. — Mon père!...
nathan. — Nous nous entendons, cela suffit : calmetoi, reprends courage. Pourvu que ton cœur soit encore à toi, pourvu que ton cœur ne redoute aucune autre perte, ton père n'est point perdu pour toi.
recha. — Aucune autre perte, non aucune autre.
le templier. — Aucune autre? Alors je me suis trompé. Ce qu'on ne craint pas de perdre, c'est qu'on ne croyait pas le posséder, c'est qu'on ne l'a jamais désiré. Bien, très-bien ; cela change tout, Nathan, cela change tout. — Saladin, nous sommes venus d'après tes ordres : mais je t'avais induit en erreur; maintenant ne te mets plus en peine de rien.
saladin. — Comme tu es vif, jeune homme! Faut-il donc que tout prévienne tes désirs, les devine? le templier. — Mais tu l'entends, tu le vois, sultan. saladin. — Oui, vraiment, il est assez fâcheux que tu n'aies pas été plus sûr de ton fait.
le templier. — J'en suis plus sûr à présent.
saladin. — Qui se targue d'un bienfait le reprend. Celle que tu as sauvée n'est pas pour cela devenue ta propriété, autrement le voleur que sa rapacité pousse dans le feu serait un héros tout aussi bien que toi. [Il s'approche de Recha et la conduit vers le templier.) Viens, aimable fille, n'y regarde pas de si près avec lui; car s'il était autre, s'il était moins ardent et moins fier, il se serait abstenu de le sauver. Il faut que tu lui pardonnes l'un pour L'autre. Viens, faisdle rougir, fais ce qu'il aurait dû faire; avouelui ton amour, donne-toi à lui; et s'il te repousse, s'il oublie combien, par celle démarche, tu as fait pour lui plus qu'il n'a fait pour toi... car qu'a-t-il fait pour toi? il a respiré un peu de fumée, c'est peu de chose! alors il n'a rien de mon frère, de mon Assad ; alors il porte son masque, non son cœur. Viens, ma chère...
sittaii. — Va, va, mon amour; c'est peu pour la reconnaissance, presque rien.
nathan. — Arrêtez, Saladin; arrêtez, Sittah.
saladin. — Toi aussi?
natiian. — Il y a encore quelqu'un à entendre...
saladin. — Qui peut le nier? Sans contredit, Nathan, la voix, d'un père adoplif doit aussi être entendue ; la première même, si tu veux. Tu vois que je sais où en sont les choses.
natiian. — Pas tout à fait : ce n'est pas de moi que je parle. Il y en a un autre, Saladin, un tout autre que moimême, je demande qu'il soit d'abord entendu.
saladin. — Qui?
natiian. — Son frère.
saladin. — Le frère de Recha?
NATHAN. — Oui.
recha. — Mon \'vrvo\ j'ai donc un frère?
le templier, sortant tout à coup de sa distraction muette et farowhf. — Où? où est-il ce frère? pas encore ici? Je devais le rencontrer ici.
nathan. — Un peu de patience.
le templier, avec une extrême amertume. — Il lui a donné un père; ne pourra-t-il pas lui trouver un frère?