‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 113 sur 744 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Une femme d'esprit peul traliir son devoir; Mais il faut pour le moins qu'elle ose le vouloir; Et la stupide au sien peut manquer d'ordinaire, Sans en avoir l'envie et sans penser le faire'.

A ce bel argument, à ce discours profond, Ce que Pantagruel à Panurge répond^ :

Pressez-moi de me joindre à femme autre que sotte. Prêchez, patrocinez^ jusqu'à la Pentecôte; Vous serez ébahi, quand vous serez au bout, (Jue vous ne m'aurez rien persuadé du tout.

CHRYSALDE.

Je ne vous dis plus mot.

ARXOLPHE.

Chacun a sa méthode.

En femme, comme en tout, je veux suivre ma mode Je me vois riche assez pour pouvoir, que je croi. Choisir une moitié qui tienne tout de moi, Et de qui la soumise et pleine dépendance N'ait à me reprocher aucun bien ni naissance. Un air doux et posé, parmi d'autres enfans, M'insjjira de l'amour pour elle dès quatre ans; Sa mère se trouvant de pauvreté pressée. De la lui demander il me vint la pensée;

ifrnore ce que c'est qu'une rime, elle ne peut mieux prouver cette ignorance que par une réponse de ce genre.

1. Celte objection si sensée de Chrysalde est empruntée à la Précatiiiun inutile de Scarron.

2. Suppléez ici : Je réponds ce que Pantagruel, etc. — « Prêchez et >atrocinez d'ici à la Pentecôte, enfin vous serez ébahi comment rien ne m'aurez persuadé. » (Livre 111, chap. v.)

5. Pairociner, terme vieilli, qui signifie piêcher longuement, plai Je)', du mot latin patronus, avocat.

128 i;i';r,ni,E des femmes.

El la bonne paysanne, apprenant mon flesir,

K s'ôter celte cliarge eut beaucoup de plaisir.

Dans un petit couvent, loin de toute pratique',

Je la lis élever selon ma politique*,

(j'est-à-dire ordonnant quels soins on emploîrail,

Pour la rendre idiote autant qu'il se pourrait.

llieu merci, le succès a suivi mon attente;

Kt grande^, je l'ai vue à tel point innocente,

Que j'ai béni le Ciel d'avoir trouvé mon l'ait*,

l'our me faire une femme au gré de mon souhait.

Je l'ai donc retirée; et comme ma demeure

A cent sortes de monde est ouverte à toute heure.

Je l'ai mise à l'écart, comme il faut tout prévoir.

Dans cette autre maison où nul ne me vient voir;

Et pour ne point gâter sa bonté nalurelle.

Je n'y tiens que des gens tout aussi simples qu'elle.

Vous me direz : Pourquoi cette narration'.'

C'est pour vous rendre instruit de ma précaution.

Le résultat de tout est qu^en arni fidèle

Ce soir je vous invite à soliper avec elle;

Je veux que vous puissiez un peu l'examiner,

Et voir si de mon choix on me doit condamner.

CHRYSAI-DE.

Je me réjouis fort, seigneur Arnolphe....

AKNOLPHE,

Bon !

Me voulez-vous toujours appeler de ce nom?

1. Prrt?(V/)/p, fréquentation, commerce du monde. Auger cite ce passage de la Place Roi/ale de Corneille :

Alidor a mes yeux sort de chez Anfr''lifine, Comme s'il y gardait encor quelque prnliqtie.

(Acte m, se. VII.)

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