ACTE ITI, SCÈNE IV
Qui chez lui se retranche, et de grès fait parade, Comme si j'y voulais entrer par escalade; Oui, pour me repousser, dans son bizarre efîroi, Anime du dedans tous ses gens contre moi. Et qu'abuse à ses yeux, par sa machine même S Celle qu'il veut tenir dans l'ignorance extrême! Pour moi, je vous l'avoue, encor que son retour En un grand embarras jette ici mon amour. Je tiens cela plaisant autant qu'on saurait dire, Je ne puis y songer sans de bon cœur en rire : Et vous n'en riez pas assez, à mon avis.
ARSOLPHE, avec un ris forcé.
Pardonnez-moi, j'en ris tout autant que je puis.
HORACE
Mais il faut qu'en ami je vous montre la lettre. Tout ce que son cœur sent, sa main a su l'y mettre. Mais en termes touchants et tous pleins de bonté, De tendresse innocente et d'ingénuité.
De la manière enfin que la pure nature Exprime de l'amour la première blessure.
ARXOLPHE, bas.
Voilà, friponne, à quoi l'écriture te sert;
Et contre mon dessein l'art t'en.fut découvert.
HORACE, lit. — « Je veux vous écrire, et je suis bien en peine par où je m'y prendrai. J'ai des pensées que je désirerais que vous sussiez-; mais je ne sais comment
fini par prévaloir. Molière encore une fois est resté fidèle aux usages de la vieille langue.
1. Sa machine, la machine de guerre que le jaleux a dirigée contre Horace.
2. Ces phrases ainsi construites, où, après un qiie relatif, vient un que conjonction, sont fréquentes chez les écrivains du xvir* siècle. C'est ainsi que Racine a dit : « Voici celle de mes tragédies que je Dui-^ Jire que j'ai le plus travaillée. » (2* Préface de Britannicus.)
Vil L'ÉCOLE DES FEMMES.
l'n'uT pour vous les dire, et je me défie de mes paroles. ('.(iiiiiue je coiiiiiience à comiaître qu'on m'a toujours Iriiue dans l'ignorance, j'ai peur de mettre quelque chose qui ne soit pas bien, et d'en dire plus (|ue je ne devrais. En vérité, je ne sais ce que vous m'avez fait; mais je sens que je suis fâchée à mourir de ce qu'on me fait faire contre vous, que j'aurai toutes les peines du monde à me • passer de vous, et que je serais bien aise d'être à vous. l'iMit-être qu'il y a du mal à dire cela; mais enfin je ne puis m'empêcher de le dire, et je voudrais que cela se pût faire sans qu'il y en eût. On me dit fort que tous les jeunes honuues sont des trompeurs, qu'il ne les faut point écouter, et que tout ce que vous me dites n'est que pour ni'abuser; mais je vous assure que je n'ai pu encore me figurer cela de vous, et je suis si touchée de vos paroles, que je ne saurais croire qu'elles soient menteuses. l)ites-moi franchement ce qui en est; car enfin, comme je suis sans malice, vous auriez le plus grand tort du monde, si vous me trompiez; et je pense que j'en mourrais de déplaisir. »
AP.NOLPHE.
lion ! cliifune !
HORACE
Qu'avez-vous?
ARXOLPUE.
Moi? rien. C'est que je tousse.
HORACE
Avez-vous jamais vu d'expression plus douce? Malgré les soins maudits d'un injuste pouvoir, Un plus beau naturel peut-il se faire voir? Et n'est-ce pas sans doute un crime punissable be gâter méchamment ce fonds' d'àme admirable,
1. Ce fonds, les trésors de tendresse que renferme l'ùme d'Agnès.