‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 122 sur 744 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

DORACE.

AssuroMieiit.

ARNOLPHE

Vous en vitMidrez à bout.

HORACE

Je l'espère.

ARXOLPHE.

Le o:rès vous a mis on déroute; Mais cela ne doit pas vous étonner*.

HORACE

Sans doute, Et j'ai compris d'abord que mon homme était là, Qui, sans se faire voir, conduisait tout cela. Mais ce qui m'a surpris, et qui va vous surprendre, C'est un autre incident que vous allez entendre; lh\ trait hardi qu'a fait cette jeune beauté, Kt qu'on n'attendrait point de sa simplicité. 11 le faut avouer, l'amour est un grand maître : (le qu'on ne fut jamais il nous enseigne à l'être"; Et souvent de nos mœurs l'aljsolu changement Devient, par ses leçons, l'ouvrage d'un moment ; De la nature, en nous, il force les obstacles. Et ses effets soudains ont de l'air des miracles';

1. Etonner, frapper de stupeur, d'effioi, et, par suite, décourager. Le sens de ce mot jadis très énergique a fini par s'user et il n'exprime plus aujourdliui que l'idée d'une surprise causée par quelque chose de nouveau ou d'extraordinaire.

2. Corneille avait déjà dit, à peu près dans les mêmes termes :

L'amour est un grand maître : il instruit tout d'un coup. {La Suite du Menteur, acte II, se. ii.)

C'-^st la moralité de la fable de La Fontaine : Les Dieux voulant instruire un fils de Jupiter, xi, n.

7). Ont de l'air de, ont l'apparence de, ressemblent à. « Quand mes lettres arriveront au milieu de celles de Paris, elles auront assez de l'air d'une dame de province qui vous parle. » (Sévii»é.)

D'un avare à l'instant il fait un libéral, Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal; 11 rond affile à tout l'ànie la plus pesanto, Et donne de l'esprit à la plus innocente. Oui, ce dernier miracle éclate dans Agnès; Car, tranchant avec moi par ces termes exprès : « lletirez-vous : mon âme aux visites renonce; Je sais tous vos discours, et voilà ma réponse, » Cette pierre ou ce grès dont vous vous étonniez Avec un mot de lettre est tombée à mes pieds; Et j'admire de voir celte lettre ajustée Avec le sens des mots et la pierre jetée'. D'une telle action n'ètes-vous pas surpns? L'amour sait-il pas l'art * d'aiguiser les esprits? Et peut-on me nier que ses flammes puissantes Ne fassent dans un cœur des choses étonnantes? Que dites-vous du tour et de ce mot d'écrit? Euh! n'admirez-vous point cette adresse d'esprit? Trouvez-vous pas plaisant de voir quel personnage A joué mon jaloux dans tout ce badinage? Dites.

ARNOLPHE

Oui, fort plaisant.

HORACE

(Arnolphe rit d'un ris forcé.)

Riez-en donc un peu.

Cet homme, gendarmé d'abord contre mon feu,

1. La pierre jetée, l'action de lancer la pierre : cet emploi du participe passé est un latinisme ; on en trouve de nombreux exemples chez Bossuet : « Là on célébra Rocroy délivré, les menaces d'un redoutable ennemi tournées à sa honte, la régence afl'ermie, etc. {Oraison funèbre du prince de Coudé.)

2. Dans les phrases interrogatives on employait souvent autrefois j}(ts, point, plus, sans qu'ils fussent comme ici précédés de ne. Vaugelas trouvait même que la suppression de ne était plus élégante. Mais les autres grammairiens du xvn' siècle prescrivirent l'emploi de ne dans les phrases interrogatives qui renferment pas ou point, et leur avis a

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