‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 126 sur 744 · La Pratique du théâtre avait paru en · texte numérisé non relu

La Pratique du théâtre avait paru en

NOTICE. I'i7

(le défendre VÉcole des femmes devant le public Molière, ((iii iivait mille raisons pour préférer se défendre lui-même, dut d'abord se débarrasser de cet admirateur trop zélé, et ce n'est que le 1" juin 1665 que fut jouée la Critique de l'École des femmes.

Molière nous introduit dans un de ces salons où l'on dispute journellement sur la comédie à la mode. En vrai poète dramatique, dont les idées revêtent naturellement la forme concrèle et vivante d'un personnage, il va mettre en scène, faire agir et parler sous nos yeux les adversaires et les partisans de l'École des femmes. Ce qui chez tout autre écrivain n'eût été qu'une dissertation, une simple bataille d'arguments, devient avec Molière une comédie, où chaque idée, chaque théorie s'est incarnée dans un individu, qui apporte à cette dispute académique les passions de son caractère et les préjugés de son rang. Voici venir la précieuse Climène, toujours prête à s'évanouir au seul souvenir des platitudes écœurantes où s'encanaille la verve de Molière; voici le marquis, dont toute l'argumentation se réduit à pivoter sur un talon en répétant tarte à la crème ; M. Lysidas, qui représente la meute aboyante des auteurs jalou.x et des pillants; enfin Dorante, le courtisan, dont le goût s'est formé |i 11- l'expérience des hommes et de lu vie, par le commerce des ji'us bien élevés, et qui oppose aux censures des « habiles », .iiix fausses délicatesses des précieuses, son bon sens, sa proliilé sincère d'« honnête homme », et l'irrécusable témoignage ili' sa sensibilité. Il s'est amusé; il a ri : peu lui importe que (■»' soit en dépit d'Aristote et même de l'abbé d'Aubignac.

Tout en réfutant les injustes critiques de ses adversaires, ^Iiilière a été naturellement amené à exposer ses idées personnelles sur la comédie. Comme l'auteur de VÉcole des femmes n'a pas multiplié les confidences de ce genre, on a recueilli avidement les quebjues indications qui, dans les tirades de Dorante, peuvent nous éclairer sur la poétique de Molière. Sans doute Molière exprime des idées théoriques, dont ses œuvres offrent l'application rigoureuse, quand il nous dit que le poète comique ne cherche pas les mots spirituels, mais ceux qui peignent le caractère des gens ; qu'il ne faut pas voir dans les personnages d'une comédie les interprètes de la pensée de l'auteur, mais que chacun d'eux est animé d'une vie propre, agit et parle sui-

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