‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 129 sur 744 · SCÈNE V DOR^ME, LE MAQUIS, CLIMÈNE, ÉLISE, URAiME · texte numérisé non relu

SCÈNE V DOR^ME, LE MAQUIS, CLIMÈNE, ÉLISE, URAiME

DORANTE. — >'e bougez, de grâce, et n'interrompez point votre discours. Vous êtes là sur une matière qui. depuis quatre jours, fait presque l'entretien de toutes les maisons de Paris, et jamais on n'a rien vu de si plaisant que la diversité des jugements qui se font là-dessus. Car enfin j'ai ouï condamner cette comédie à certaines gens, par' les mêmes choses que j'ai vu d'autres estimer le plus.

URAME. — Voilà Monsieur le Marquis qui en dit force mal.

LE MARQUIS. — Il cst vrai, je la trouve détestable; mor-

1. Par, pour, à cause de. C'est ainsi que Mme de Sévigné écrit : « Cela est fâcheux par bien des raisons. »

ir.O LA Cr.ITIOUE DR i;ÉCOLE DES FEMMES.

Iilcii'! (li'(eslal)le du dernier déloslîihle; ce qu'on appelle déle.slaljle.

DouANTK. — Et moi, mon cher Marquis, je trouve le jugement détestable.

LE MAiiQUis. — Quoi? Chevalier, est-ce que tu prétends soutenir cette pièce?

DORANTE. — Oui, jc prétends la soutenir.

LE MARQUIS. — l'arhhnil je la garantis détestable.

DOUANTE. — La caution n'est pas bovu'geoise*. Mais, Marquis, par quelle l'aison, de grâce, cette comédie est-elle ce (pie tu dis?

LE MARQUIS. — Pourquoi elle est détestable?

DORANTE. — Oui.

LE MARQUIS. — Elle cst détcstablc, parce qu'elle est détestable.

DORANTE. — Après ccla, il n'y a plus rien à dire : voilà son procès fait. Mais encore instruis-nous, et nous dis les défauts qui y sont.

LE MARQUIS. — Quc sais-je, moi? je ne me suis pas seulement donné la peine de l'écouter. Mais enfin je sais bien (pie je n'ai jamais rien vu de si méchant. Dieu me damne; et Dorilas, contre qui j'étais^, a été de mon avis.

DORANTE. — L'autorité est belle, et te voilà bien appuyé.

LE MAUQUis. — Il ne faut que voir les continuels éclats de rire que le parterre y fait. Je ne veux point d'autre chose pour témoigner qu'elle ne vaut rien.

DORANTE, — Tu cs douc, Marquis, de ces Messieurs du bel air, qui ne veulent pas que le parterre ait du sens commun, et qui seraient fâchés d'avoir ri avec lui, fût-ce (le I4 meilleure chose du monde? Je vis l'autre jour sur le théâtre* un de nos amis, qui se rendit ridicule par là. Il

1. Siif ses exclamations familières aux gens de hel air, voyez p. Cl, îKile 1.

2. Ciiulion hovrgroi,ie : voyez p. 55, note 5. — 5. A côté de qui j'étais. i. Sur le Ihédlre ; voyez Les Fâcheux, p. 101, note 1.

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