SCENE V. Ii)l
écouta toute la pièce avec un sérieux le plus sombre du monde; et tout ce qui égayait les autres, ridait son front. A tous les éclats de rire, il haussait les épaules, et regardait le parterre en pitié; et quelquefois aussi le regardaiit avec dépit, il lui disait tout haut : a Ris donc, parterre, ris donc' ». Ce fut une seconde comédie, que le chagrinde notre ami. Il la donna en galant houune à toute l'assemblée, et chacun demeura d'accord qu'on ne pouvait pas mieux jouer qu'il fit. Apprends, Marquis, je te prie, et les autres aussi, que le bon sens n'a point de place déterminée à la comédie; que la différence du demi-louis d'or et de la pièce de quinze sols' ne fait rien du tout au bon goût; que debout* et assis on peut donner un mauvais jugement; et qu'enfui, à le prendre en général, je me fierais assez à l'approbation du parterre, par la raison qu'entre ceux qui le composent, il y en a plusieurs qui sont capables de juger d'une pièce selon les règles, et que les autres en jugent par la bonne façon d'en juger, qui est de >t' laisser prendre aux choses, et de n'avoir ni prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni délicatesse ridicule.
LE .MAUQuis. — Te voilà donc. Chevalier, le défenseur du parterre? Parbleu! je m'en réjouis, et je ne manquerai pas de l'avertir que tu es de ses amis, llay, hay, hay, hay, hay, hay.
DonANTE. — Ris tant que tu voudras. Je suis pour le bon
1. Ces altercations entre le public du parterre et les spectateurs assis sur le théâtre étaient assez fréquentes. Molière fait allusion à une scène de ce genre dans les Fâcheux : voyez p. 104. Dans les Précieusex ridicules, Mascarille se vante d'intimider le parterre : « Je vous laisse à penser si, quand nous disons quelque chose, le parterre ose nous contredire ». (se. IX.)