SCÈNE VI
LE MARQUIS. — Ah! ma foi, oui, icnie à la crème! voilà ce que j'avais remarqué tantôt; tarte à la crème! Que je vous suis obligé. Madame, de in'avoir fait souvenir de tarie à la crème! Y a-t-il assez de pommes* en ÎS'ormandie pour tarte à la crème? Tarte à la crème, morbleu! tarte à la crème!
DORANTE. — Eh bien! que veux-tu dire : tarte à la crème?
LE MAKQUis. — Parbleu ! tarte à la crème, Chevalier.
DORANTE. — Mais eucore?
LE MARQLis. — Tarte à la crème!
DORANTE. — Dis-nous un peu tes raisons.
LE MARQUIS. — Tarlc à la crème!
URANiE. — Mais il faut expliquer sa pensée, ce me semble.
LE MARQUIS. — Turte a la crème. Madame!
URAME. — Que trouvez-vous là à redire?
LE MARQUIS. — Moi, ricu. Tarte à la crème!
URAME. — Ah! je le cjuitte*.
ÉLISE. — Monsieur le Marquis s'y prend bien, et vous bourre de la belle manière. Mais je voudrais bien que Monsieur Lysidas voulût les achever et leur donner quelcjues petits coups de sa façon.
LYsiDAs. — Ce n'est pas ma coutume de rien blâmer, et je suis assez indulgent pour les ouvrages des autres. Mais, enfin, sans choquer l'amitié que Monsieur le Chevalier témoigne pour l'auteur, on m'avouera que ces sortes de comédies ne sont pas proprement des comédies, et qu'il y a une grande différence de toutes ces bagatelles à la beauté des pièces sérieuses. Cependant tout le monde donne là dedans aujourd'hui; ou ne court plus qu'à cela, et l'on voit une solitude eflroyaljle aux grands ouvrages,
1. Racine fait aussi aliasion à la façon dont le parterre témoignait sou mécontentement dans son épigrarame sur VAspar de Fontenelle :
Quant à Pradon, si j'ai bonne mémoire, Pommes sur lui volèrent largement.