LA CRITIQUE DE LÉCOLE DES FEMES
lorsque des sottises ont tout Paris*. Je vous avoue que lo canu" m'en saigne quelquefois, et cela est honteux pour la France.
cLiMÈNE. — Il est M'ai que le goût des gens est étrangeniciit gàlé là-dessus, et que le siècle s'encanaille rurieusemenl.
ÉLISE. — Celui-là est joli encore, s'encanaille- ! Est-ce vous qui l'avez inventé. Madame?
CLIMÈNE. Hé!
ÉLISE. — Je m'en suis bien doutée.
DORANTE. — Vous croyez donc, Monsieur Lysidas, que, l'esprit et toute la beauté sont dans les poèmes' sérieux, et que les pièces comiques sont des niaiseries qui ne méritent aucune louange?
URANiE. — Ce n'est pas mon sentiment, pour moi. La tragédie, sans doute, est quelque chose de beau quand elle est bien touchée ; mais la comédie a ses charmes, et je tiens que l'une n'est pas moins difficile à faire que l'autre.
DORANTE. — Assurément, Madame; et quand, pour la difficulté, vous mettriez un plus du côté de la comédie, peut-être que vous ne vous abuseriez pas. Car enfin, je trouve qu'il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments, de braver en vers la Fortune*, accuser les
t. On a supposé, mais sans preuves suffisantes, que M. Lysidas faisait ici allusion aux pièces de Corneille, et en particulier à sa Sophonisbr, qui venait d'être accueillie assez froidement. Il parait plus naturel et plus vraisemblable de prêter à M. Lysidas un retour mélancolique sur la destinée de ses « grands ouvrages >..
2. S'encanaille : ce mot, que l'usage a définitivement adopté, était un néologisme au temps de Molière. Somaize, dans son Dictionnaire des Précieuses, en attribue la création à la marquise de Maulny. Dans une scène précédente, Climène avait déjà employé un autre néologisme, obxcéniié.
ô. Poèmes : ce mot désigne couramment au xvii" siècle la tragédie et la comédie.
i. Il semble qu'ici Molière songe à Corneille, et, par exemple, à des personnages tels que Cornélie, qui s'écrie :
César, car le destin que dans tes fers y»? brave, etc.
{Pomvée, acte III, se. iv.