‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 140 sur 744 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

comédies, c'est le jugement de la cour; que c'est son goût qu'il faut étudier pour trouver l'art de réussir; qu'il n'y a point de lieu où les décisions soient si justes; et sans mettre en ligne de compte tous les gens savants qui y sont, que, du simple bon sens naturel et du commerce de tout le beau monde, on s'y fait une manière d'esprit, qui sans comparaison juge plus finement des choses, que lout le savoir enrouillé des pédants.

LiiANiE. — 11 est vrai que, i)0ur peu qu'on y demeure, il vous passe là tous les jours assez de choses devant les yeux pour acquérir quelque habilude de les connaître, et surtout pour ce qui est de la bonne et mauvaise plaisanterie,

DORANTE. — La cour a quelques ridicules*, j'en demeure d'accord, et je suis, connue on voit, le premier à les fronder. Mais, ma foi, il y en a un grand nombre parmi les beaux esprits de profession; et si l'on joue quelques marquis, je trouve qu'il y a bien plus de quoi jouer les ;iiiteurs,et que ce serait une chose plaisante à mettre sur il' théâtre^ que leurs grimaces savantes et leurs raffinements ridicules, leur vicieuse coutume d'assassiner les Li'ns de leurs ouvrages, leur friandise ^ de louanges, leurs ménagements de pensées*, leur trafic de réputation, et U'urs ligues offensives et défensives, aussi bien que leurs guerres d'esprit, et leurs combats de prose et de vers.

LvsiDAs. — Molière est bien heureux, Monsieur, d'avoir

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