‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 139 sur 744 · LA CRITIQUE DE L'ÉCOLE DES FEMMES · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE DE L'ÉCOLE DES FEMMES

DOUANTE. — Pour loi, Marquis, je ne m'en élonne pas: c'est que lu n'y as point trouvé de turlupinadcs*.

LYsiDAs. — Ma foi. Monsieur, ce qu'on y rencoiilre ne vaut guère mieux, et toutes les plaisanteries y sont assez froides à mon avis.

DOUANTE. — La coin' n'a pas trouvé cela

LYsujAs. — Ah! Monsieur, la cour!

DORANTE. — Achevez, Monsieur Lysidas. Je vois bien que vous voulez dire que la cour ne se connaît pas à ces choses; et c'est le refuge ordinaire de vous autres, Mes^ sieurs les auteurs, dans le mauvais succès de vos ouvrages, que d'accuser l'injustice du siècle et le peu de lumière des courtisans-. Sachez, s'il vous plaît, Monsieur Lysidas, que les courtisans ont d'aussi bons yeux que d'autres; qu'on peut être habile avec un point de Venise et des plumes^, aussi bien qu'avec une perruque courte et un petit rabat uni^; que la grande épreuve de toutes vos

1. TiirUiptnndes, jeux de mots, calembours. Le mot iurliipin avait d^^sigué aux xiii° et xiv* siècles une catégorie d'hérétiques. 11 prit plus tard le sens de bouiTon, mauvais plaisant. C'est ainsi que l'emploie Boileau dans ces vers de VArl lyoélique:

Toutefois à la cour les liirlitpins restèrent, Insipides plaisants, boudons infortunés, D'un jeu de mots grossier partisans surannés.

2. Cet antagonisme entre la cour et certains auteurs qui n'avaient de succès qu'à la ville, durera bien longtemps après la mort de Molière. Il sera même assez violent à la fin du xvn' siècle, et Versailles et Paris verront se former des coteries rivales d'écrivains. A la cour, on sera dévot, partisan des anciens; à la ville, libertin et partisan des modernes.

3. Les dentelles d'Italie, et parmi elles le point de Venise, étai<Mit fort à la mode au moment où Molière écrivait celte comédie; eil's coûtaient fort cher, ainsi que les plumes, dont « le brin », nous l'avon ; vu, coûtait à Mascarille « un louis d'or ».

•i. La perruque courte et le petit rabat semblent avoir fait partie du costume ordinaire des écrivains de profession. Molière en afTublora Trissotin et Vadius, — Cette apologie de la cour se retrouve dans le> Femmes savantes, acte IV, se. m.

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