‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 144 sur 744 · I.r coiifir. la permission · texte numérisé non relu

I.r coiifir. la permission

iuais nous votre congé mon sang n'ose sortir.

(Horace, acte V, se. n.)

NOTICE

La Crilique de l'École des femmes put rassurer certains partisans de Molière en leur démontrant, par l'organe de Dorante, que leur admiration ne s'était pas fourvoyée et qu'ils n'avaient pas eu tort de se divertir. Mais cette réplique aux détracteurs do l'École des femmes devait avoir pour effet plus certain de susciter à notre poète de nouveaux ennemis.

Il faut placer au premier rang les comédiens de Vhôtel de Bourgofjne, justement alarmés des succès d'une troupe rivale, qui semblait devoir les supplanter dans la faveur du roi. Ils avaient essayé de défendre leur privilège en invoquant la protpction de la reine mère. Mais le crédit de Molière n'avait point été ébranlé par cette manœuvre de ses envieux, et bientôt les grands comédiens se virent réduits à satisfaire leur dépit en faisant injurier et calomnier leur rival triompliant.

Ils trouvèrent, pour l'accomplissement de cette basse besogne, deux jeunes écrivains également avides de renommée, de Visé, le futur fondateiu' du Mercure galant, et Boursault, qui devait faire un meilleur emploi de son talent en écrivant son Ésope à la cour. De Visé composa un pamphlet dialogué qu'il intitula : Zélinde. comédie, ou la Véritable critique de l'École des femmes, et la Crilique de la critique. Il ne se contentait pas d'y censurer le poète : il attaquait avec une exti'ème violence l'iiomme et le comédien, ne reculant devant aucune de ces insinuations calomnieuses qui devaient être renouvelées contre Molière à chacun de ses succès. L'auteur, avec une perfidie qui surprend un peu chez un jeune homme de vingt-trois ans, sut intéresser à sa

cause la morale et la religion, également outragées, si nous l'en croyons, par l'Érolc des femmes.

Boursaull reprit ces griefs dans sa comédie satiri'pie le Par- Irait du peintre ou la contrc-critiqiie de l'École des femmes, qui fut jouée sur la scène de l'hôtel de Bourgogne (octobre 1(565). On chercherait vainement dans ce pamphlet les qualités de verve et d'esprit capables d'en justifier le succès. Le Portrait du peintre eut cependant une heureuse fortune : il l'a dut peut-être au jeu passionné des interprètes, plus probablement à toutes les jalousies et à toutes les rancunes que cette satire devait satisfaire. Au nombre des mécontents on se plaît à citer Corneille, auquel Molière semble bien avoir songé dans le passage de la Critique où il établit, entre la comédie et la tragédie, un parallèle assez désobligeant pour celle-ci '. Boursault n'eût donc été que le prêlenom d'une cabale, et, si nous en croyons Molière, ses illustres ennemis, désireux de l'humilier par l'indignité même de son adversaire, lui auraient opposé un « auteur sans réputation »-.

Mais la riposte de Molière ne devait pas longtemps se faire attendre. Le poète avait été encouragé par le roi lui-même à répondre aux attaques de ses détracteurs. Il le fit avec une promptitude et une vigueur qui durent déconcerter les comédiens de l'hôtel de Bourgogne. L'Impromptu de Versailles, joué pour la première fois devant le roi, le 14 octobre 1665, ne semble pas en effet avoir demandé à son auteur plus d'une semaine de travail. Reprenant une idée bien des fois exploitée depuis le début du siècle^, Molière nous ouvre les coulisses de son théâtre et nous fait assister aux divers incidents d'une répétition. Nous voyons le poète-acteur au milieu de ses comédiens, distribuant les rôles, parlant à chacun avec une autorité tempérée de douceur et de bonhomie, donnant des conseils sur la déclamation,

1. L'inleivention do Visé, p;irlis:in ilêrlaii' df Corneille, semble onroro autorisor cette hypothèse ; en atlaiiuanl MoUèvcûnns Zéliiide, il servait la passion de l'autciu' niallienrenx ilc Soplio)iisl)e. qui, t(''moin du succès de l'École des femmes, ne pouvait voii' sans tristesse celle « solitndo eirroyahle aux grands ouvrages », dont jiarle lu (Iriliijiie de l'École des femmes », se. vi.

Page 1