SCENE PREMIERE
Molière rappelle à ses comédiens les rt)les que chacun d'enx doit jouer dans la pièce, qui va être représentée devant le roi.
MOLiiiRE (s'aJressant à de la Grange). — Vous, prenez garde à bien représenter avec moi votre rôle de marquis.
mademoiselle' MOLIÈRE. — Toujours des marquis!
MOLiÈKE. — Oui, toujours des marquis. Oue diable voulezvous qu'on prenne pour un caractère agréable de théâtre? Le marquis aujourd'hui est le plaisant de la comédie*; et comme dans toutes les comédies anciennes on voit toujours un valet boullbn (|ui fait rire les auditeurs, de même, dans toutes nos pièces de maintenant, il l'aut toujours un marquis ridicule qui divertisse la compagnie.
MADEMOISELLE DEJART. — Il est Vrai, OU ue s'en saurait passer.
M0Ln:RE. — Pour vous, Mademoiselle....
MADEMOISELLE DU PARC. — Moii Dieu, pour iiioi, je m'acquitterai fort mal de mon personnage, et je ne sais pas pourquoi vous m'avez donné ce rôle de façonnière.
1. Mtidemoiselle : on appelait ainsi au xvii* siècle les bourgeoises mariées; mndatne était réservé aux femmes de qualité.
2. Tel est en effet le rôle que Molière attribuera aux marquis dans plusieurs de ses comédies, particulièrement dans le Misanthrope. On peut être surpris de la hardiesse du langage de Molière; mais il ne faut pas oublier que cette diatribe si méprisante contre les marquis se trouve dans une pièce qui avait été « conunandée » par le roi.
MOLiKKE. — Jlon Dieu, Mademoiselle, voilà comme vous disiez lorsque l'on vous donna celui de la Critique de r Ecole di'.s femmes^; cependant vous vous en êtes acquittée à merveille, et tout le monde est demeuré d'accord qu'on ne peut pas mieux l'aire que vous avez fait. Croyez-moi, celui-ci sera de même; et vous le jouerez mieux (jue vous ne pensez.
M.vDKMoisRi.LE DU PARC. — Commeiit cela se ponrrail-il faire? car il n'y a point de personne au monde qui soit moins façonnière que moi.
MouKi'.K. — Cela est vrai; et c'est en quoi vous faites mieux voir que vous êtes excellente comédienne, de bien représenter un personnage qui est si contraire à votre humeur-. Tâchez donc de bien prendre, tous, le caractère de vos rôles, et de vous figurer que vous êtes ce que vous représentez.
(A du Croisy.^ Vous faites le poète, vous, et vous devez vous remplir de ce personnage, marquer cet air pédant qui se conserve parmi le commerce du beau monde, ce ton de voix sentencieux, et cette exactitude de prononciation qui appuie sur toutes les syllabes, et ne laisse échapper aucune lettre de la plus sévère orthographe.
(A Brécourt.) Pour VOUS, VOUS faites un honnête homme de cour, connue vous avez déjà fait dans la Critique de VÉcole des femmes^, c'est-à-dire que vous devez prendre un air posé, un ton de voix naturel, et gesticuler le moins qu'il vous sera possible.