‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 155 sur 744 · Die : sur celte forme, voyez p. 59, note i · texte numérisé non relu

Die : sur celte forme, voyez p. 59, note i

v(»ilà votre manie, à volis autres femmes. Vous voudriez (|ue je prisse feu d'abord contre eux, et qu'à leur exemple j'allasse éclater promptement en invectives et en injures. Le bel honneur que j'en pourrais tirer, et le grand dépit (pie je leur ferais! IN'e se sont-ils pas préparés de bonne volonté à ces sortes de choses? Et lorsqu'ils ont délibéré s'ils jouerai(înt le Portrait du peintre, snr la crainte d'une riposte, quelques-uns d'entre eux n'ont-ils pas répondu : (( Qu'il nous rende toutes les injures qu'il voudra, pourvu ([ue nous gagnions de l'argent? » N'est-ce pas là la marque (l'une âme fort sensible à la honte? et ne me vengerais-je pas bien d'eux en leur donnant ce qu'ils veulent bien

recevon-

MADEMOISELLE DE BRIE. — Ils SB SOUt fort plainlS, tOUtcfois,

de trois ou quatre mots que vous avez dits d'eux dans la Critique et dans vos Précieuses.

MOLIÈRE. — li est vrai, ces trois ou quatre mots sont fort ofiensanls, et ils ont grande raison de les citer. Allez, allez, ce n'est pas cela. Le plus grand mal que je leur aie lait, c'est que j'ai eu le bonheur de plaire un peu plus qu'ils n'auraient voulu*; et tout leur procédé, depuis que nous sommes venus à Paris, a trop marqué ce qui les iouche. Mais laissons-les faire tant qu'ils voudront; toutes leurs entreprises ne doivent point m'inquiéter. Ils critiquent mes pièces : tant mieux; et Dieu me garde d'en faire jamais qui leur plaise! Ce serait une mauvaise affaire pour moi.

MADEMOISELLE DE RuiE. — Il h'v a pas grand plaisir pourtant à voir déchirer ses ouvrages.

MOLIÈRE. — Et qu'est-ce que cela nie fait? N'ai-je pas obtenu de ma comédie tout ce que j'en voulais obtenir, puisqu'elle a eu le bonheur d'agréer aux augustes per-

1. C'est précisément ce que dit Boilcau dans ses Stances à Molière

Si lu savais un peu moins plaire, Tu ne leur déplairais pas tant.

Page 1