‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 156 sur 744 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

sonnes à qui particulièronient je m'efforce de plaire? >'aije pas lieu d'être satisfait de sa destinée, et toutes leurs censures ne viennent-elles pas trop tard? Est-ce moi, je vous prie, que cela regarde maintenant? et lorsqu'on attaque une pièce qui a eu du succès, n'est-ce pas attaquer plutôt le jugement de ceux qui l'ont approuvée, que l'art de celui qui l'a faite?

MADEMOISELLE DE BRIE. — Ma foi, j'aurais joué ce petit Monsieur l'auteur, qui se mêle d'écrire contre des gens qui ne songent pas à lui.

MOLIÈRE. — Vous êtes folle. Le beau sujet à diverlir la cour que Monsieur Boursault! Je voudrais bien savoir de (luelle façon on pourrait l'ajuster pour le rendre plaisant, et si, quand on le bernerait sur un théàlre, il serait assez heureux pour faire rire le monde. Ce lui serait trop d'honneur que d'être joué devant une auguste assemblée : il ne demanderait pas mieux; et il m'attaque de gaieté de cœur, pour se faire connaître de quelque façon que ce soit. C'est un hooime qui n'a rien à perdre, et les comédiens ne me l'ont déchaîné' que pour m'engager à une sotte guerre, et me détourner, par cet artifice, des autres ouvrages que j'ai à faire ; et cependant, vous êtes assez simples pour donner toutes dans ce panneau. Mais enfin j'en ferai ma déclaration publiquement. Je ne prétends faire aucune réponse à toutes leurs critiques et leurs contre-critiques-. Qu'ils disent tous les maux du monde de mes pièces, j'en suis d'accord. Qu'ils s'en saisissent après nous, qu'ils les retournent comme un habit pour les mettre sur leur théâtre'*, et tâchent à prolîter de quel

1. .\(' l'ont lanci- contre moi : l'expression dont se sert Molière sullil fiour assimiler Boursault à un chien harjineux, aboyant après le poèti sur l'ordre de ses maîtres. Voyez sur le rôle joué par Boursault la yutice, p. 163.

2. Tel est le sous-titre de la comédie de Boursault. qui est intitulée ; /(' Portrait du peintre, ou la contre-critique de l'Ecole des femmes.

3. Ceci s'applique à Boursault, qui, dans sa comédie satirique, s'était

que .igrément qu'on y trouve, et d'un peu de houhour que j'ai, j'y consens : ils en ont biîsoin, et ji; serai bien aise de contribuer à les l'aire subsister, pourvu qu'ils se contentent de ce que je puis leur accorder avec bienséance. La courtoisie doit avoir des bornes; et il y a des choses qui ne fout rire ni les spectateurs, ni celui dont on parle. Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages, ma ligure, mes gestes, mes paroles, mon ton de voix, et ma façon de réciter, pour en faire et dire tout ce qu'il leur plaira, s'ils en peuvent tirer quelque avantage : je. ne m'oppose point à toutes ces choses, et je serai ravi que cela puisse réjouir le monde. Mais en leur abandonnant tout cela, ils me doivent faire la grâce de me laisser le reste et de ne point toucher à des matières de la nature de celles sur lesquelles on m'a dit qu'ils m'attaquaient dans leurs comédies. C'est de quoi je prierai civilement cet honnête Monsieur qui se mêle d'écrjre pour eux, et voilà toute la réponse qu'ils auront de moi.

borné à retourner comme un hahii /n Critique de l'Ecole des femmes.

LE MARIAGE FORCE

COMÉDIE (29 janvier 1664)

NOTICE

Nous avons dit* que toutes les attaques des ennemis de Molière avaient été impuissantes à ébranler sou crédit auprès du roi. Celui-ci donna à l'auteur de l'École des femmes une nouvelle preuve de sa bienveillance, en le faisant inscrire sur la liste dos pensions dressée en IWJô, avec cette mention llatteuse : « Au sieur Molière, excellent poète comique, mille livres. »

Molière adressa au roi un spirituel remerciement en vers, où sa muse promettait à Louis XIV

D'employer à sa gloire ainsi qu'à ses plaisirs Tout son art et toutes ses veilles.

Le poète tenait déjà cette promesse lorsqu'il composait une comédie-ballet, en trois actes, le Mariage forcé, qui devait être joué au Louvre pour la première fois le 29 janvier 1664. Le roi y dansa sous le costume d'un Égyptien. Tout n'était pas allégorie pure et fiction mythologique dans le ballet, dont Molière avait écrit le scénario et Lulli la musique. Il fut facile au poète de dégager la comédie que renfermait son livret, et, grâce à la suppression des récits et des entrées, il put réduii^e sa pièce de trois actes à un seul. C'est sous cette forme nouvelle que le Mariage forcé a été le plus fréquemment représenté, môme du temps de Molière : il dut en effet renoncer, quand sa pièce passa

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