ACTE I, SCÈNE V
Ef quand je refusais de le vouloir reprendre,
Aux pauvres, à mes yeux', il allait le répandre.
Enfui le Ciel chez moi me le fit retirer.
Et depuis ce temps-là tout semble y prospérer.
Je vois qu'il reprend tout, et qu'à ma femme rnèmc
Il prend, pour mon honneur, un intérêt cxîréme;
Il m'avertit des gens qui lui font les yeux doux,
Et plus que moi six fois il s'en montre jaloux.
Mais vous ne croiriez point jusqu'où monte son zèle :
]\ s'impute à péché la moindre bagatelle;
En rien presque suflit pour le scandaliser;
Jusque-là qu'il se vint l'autre jour accuser
D'avoir pris une puce en faisant sa prière,
Et de l'avoir tuée avec trop de colère*.
OLKANTE
Parbleu 1 vous êtes fou, mon frère, que je croi. ''
Avec de tels discours vous moquez-vous de moi"? Et que prétendez-vous que tout ce badinage...?
Or.GON.
Mon frère, ce discours sent le liliertinage^ : Vous en êtes un peu dans votre âme entiché; Et comme je vous l'ai plus de dix fois prêché*. Vous vous attirerez quelque méchante affaire^.
1. .1 ini's ijeiix : ce '\\ù rcad colW' n.-iriMLion dOrgon si piquanle, c'est qu'il n'omet aucune des ciiTonsLaiicos qui auraient dû l'éclairer sur I iiypocrisie du personnafre.
i. Ce trait est attribué à saint Macaire, qui, d'après la Légende dorée de Jacques de Vora^^ine, p lur s:^ punir d'avoir tué une puce, serait demeuré « six mois tout nu au désert, d'où il issit tout déromj)u de mouches et autres bêles ».
ô. Le Ubertinarje; on appelait, au xvii* siècle, liherliiis ceux qui ■ ilectaient le scepticisme en matière de religion. La Bruyère les apjielle l'S esprits forts.
i. Prêché : le mot est très juste : disciple de Tartuffe, Orgon ne parle t>lus, il prêche.
5. La profession de libertin n'était pas en effet sans inconvénients au
^Sb' tâutuffï;;
Voilà (le vos pareils le discours ordinaire :
Ils veulent (|uc chacun soit aveu;ïle comme ciu.
('/est èlre libertin que d'avoir de bons yeux,
Et qui n'adore pas de vaines simagrées*.
N'a ni respect ni foi pour les choses sacrées.
Allez, tous vos discours ne me l'ont point de peur ;
Je sais comme je parle, et le Ciel voif mon cœur;
De tous vos façonniers on n'est point les esclaves.
Il est de faux dévots ainsi que de faux braves;
Et comme on ne voit pas qu'où l'honnexu" les conduit -
Les vrais braves soient ceux qui font beaucoup de bruit,
Les bons et vrais dévots, qu'on doit suivre à là trace.
Ne sont pas ceux aussi qui font tant de grimace.
lié quoi? vous ne ferez nulle distinction
Entre l'hypocrisie et la. dévotion?
Vous les voulez traiter d'un semblable langage,
Et rendre même honneur au masque qu'au visagiî,
Égaler l'artilice à la sincérité,
Confondre l'apparence avec la vérité.
Estimer le fantôme autant que la personne.
Et la fausse monnaie à !"ésal de la bonne.''?
xvii' siècle et l'exemple du poète Théophile de Viau, condamné par contumace à être brûlé vif. prouve que les incrédules n'étaient pas uniquement exposés aux anathèmes de Bossuet {Or. fiai, de la princesse Pril/tlinc) ou aux railleries de La Brinère /chap. des Esprits forts).