ACTE i: SCÉ.VD V
Les hommes la plupart sont étrangement faits !
Dans la juste natureon ne les voit jamais; ■
La raison a pour-eux des bornes trop petites";
En chaque caractère* ils passent' ses limites;
Et la plus noble chose-, ils la^gàtent souvent
Pour la vouloir outrer et pousser trop avant.
Que cela vous soit' dit en passant, mon beati-frérei .
(IIK.O.N.
Oui, vous êtes sans dout£ un. docteur qu'on. révère:; Tout le savoir du nu)nde:est chez vous retiré;. Vous êtes le seul sage.et le seul éclairé. Un oracle^un Caton dans le. siècle où nous sommes; Et près de vous ce sont des. sots que tous les hommes.
CtÉANTE*
Je ne suis point, mon frère, un docteur révéré.
Et le savoir chez moi n'est pas tout retiré.
Mais, en un mot, je sais, pour toute ma science j
Du faux avec le vrai faire la différence.
Et comme je ne' vois nul genre de héros
Oui soient plus à priser que les parfaits dévots,
Aucune chose au monde et plus noble et plus belle
One la sainte ferveur d'un véritable zèle,
Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux
Une le dehors plâtré d'un zèle spécieux^,
One ces l'rancs charlatans, que ces dévots de place',
1. En chnqiic crjcac/r'/T, c'esf-,i-(iirc quel f|iio soit leur caractère, qu'ilsi lassent profession d'aiiiier'la ruiit'EoaiicomiuovUrgrai, \s- vérité et la vertu corarne ."Vtcest-ev la-soieneccainme Philaininte : nul ne sait se renfermer dans les limites de la raison,
2. Spécieux, qui n'a qu© l'apparence, species, et par suite trompeur,
3. Dévots de place. Jl. Ch. Louandre donne de cette-locution l'interprétation suivante : « Au moyen âge et dans le xvii» siècle; encore, les domestiques allaknt sur ios' places publiques attendre- qu'on vmt eagager leui-s servicesi Les dévots de .placer comuieles valets do i)lace. sont donc ceux qui s'affichent à tous les regards». M.-.Livet rattache à tort
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De qui la sanilège et trompeuse grimace
Abuse impunément et se joue à leur gré
De ce qu'ont les mjortels de plus saint et sacré,
Ces gens qui, par mie âme à l'inténH soumise.
Font de dévotion métier et marchandise,
El veulent acheter crédit et dignités
A prix de faux clins d'yeux et d'élans aiïectés,
Ces gens, dis-je, qu'on voit d'une ardeur non commune
Par le chemin du Ciel courir à leur fortune,
Qui, brûlants et priants, demandent chaque jour'.
Et prêchent la retraite au milieu de la cour,
Qui savent ajuster leur zèle avec leurs vices,
Sont prompts*, vindicatifs, sans foi, pleins d'artifices,
Et pour perdre quehju'un couvrent insolemment
De l'iulérèt du Ciel leur fier^ ressentiment,
D'autant plus dangereux dans leur âpre colère,
Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère,
Et que leur passion, dont on leur sait bon gré,
Veut nous assassiner avec un fer sacré.
De ce faux caractère on en voit trop paraître;
Mais les dévots de cœur sont aisés à connaître*.
iNotrc siècle, mon frère, en expose à nos yeux
Qui peuvent nous servir d'exemples glorieux :
{{egardez Ariston, regardez Périandrc,
Croule, Akidamas, l'olydore, Clilandre;
l'expression de Molière à la locution espagnole homhre de plazn, homme d'importance.
1. Qui, quoiqu'ils brûlent d'un zèle pieux et passent leur vie à prier, ne négligent pas pour cela de solliciter avidement des faveurs lemperclles : ce vers, comme le suivant, manjue avec force la contradiction perpétuelle qui éclate dans la vie des faux dévots.