M NOTICE BIOGRAPHIQUE
It chef. « L'Illiistii' théâtre y>. ainsi s'intitula d'abord la troupe de Molièro. Mallieiireusenient le succès ne répondit pas d'abord à ce titre pompeux. On joua bien des tragédies selon le goût coriiL'lien i|ui n'gnait alors : car Molière ne semblait pas avoir encore deviné sa véritable vocation, et pendant longtemps on le verra, méconnaissant son propre génie, s'olistiner à jouer des mies tragiques. Mais si le public ne vint pas, les créanciers aflluèrent: Molière, en sa qualité de chef de la troupe, eut le chagrin de se voir emprisonné au Châtelet pour dettes. Il en sortit bientôt sur l'intervention d'un brave Iwurgeois, nommé Aubry, et, voyant que Paris boudait obstinément Vlllusfre thrûfrr. il résolut d'aller courir la province, où l'on trouverait peut-èlre des spectateurs moins exigeants.
Où alla d'abord Molière? Il est assez difficile de le suivre d.uis SOS pérégrinations, dont l'allure paraît souvent capricieuse. Il convient de se délier des légendes auxquelles ont donné naissance la gloire du poète et la vanité des villes de province, toujours disposées à s'honorer d'une visite de Molière. Bornons-nous donc à constater qu'en 1G53 ou 165.5 il se trouvait à Lyon, où il faisait jouer l'Etourdi, et en 1050 à Béziers, où avait lieu la première représentation du Dépit amoureux. Ces deux comédies en vers et en cinq actes, quoique inférieures aux chefs-d'œuvre dont Molière va illustrer la scène française, prouvent cependant que le poète, déjà conscient de son génie, s'était élevé bien au-dessus de ces « farces » où s'était exercée d'abord sa verve comique.
Vers la fin de 1058, notre poète jugea qu'il était en mesure d'affronter de nouveau le jugement de la capitale. Aussi, après avoir donné quelques représentations à Rouen, revint-il à Paris au mois d'octobre, et, le 24, il avait l'iionneur de jouer devant L;'urs Majestés, dans la salle des Gardes du Vieux Louvi'e, le yicoinède de Corneille, et une farce de sa composition, le Docteur amoureux. Le succès de cette représentation lui valut une faveui' précieuse : sa troupe fut autorisée à s'intituler « troupe de Monsieur, frère unique du roi ». Enfin Molière obtient l'autorisaliim 'le jouer alternativement avec la troupe italienne de Torelli. sur le théâtre du Petit-Bourbon. L'année suivante, les comédiens italiens partiront pour leur pays et Molière restera seul maître de '■a place. Il se crut alors assez puissamment protégé pour risquer sm" la scène uue satire de la préciosité, qui avait envahi la
ET I.ITTLI'.AIRE. nt
litirraluro et les ?aloii>. Le 18 iioveiribro lOJO. il faisait rcj.iésoiitor les Précieuses ridicules, dont ic succès fut éclatant. On s'imagine en effet quel dut être l'enthousiasme des spectateurs, qui. après tant d'œuvres étrangères au vrai comique, pouvaient eiiliu applaudir une vive et spirituelle satire de la société contenqioraine. Sans doute il n'est pas prouvé qu'un vieillard s-:soil écrié du parterre; « Courage, Molière! Voilà la lioiuie couK'die! » Mais cette exclamation, authentique ou non, a mérité d'être retenue, car elle traduit fidèlement l'heureuse surpiise du public en présence de cette comédie de mœurs. Cependant on se inéprenait alors sur les droits du poète coiaicjue. et l'on avait peine à lui reconnaître la liberté d'emprunter ses sujets non plus à la fantaisie, mais à la réalité contemporaine. Un défenseur dt^ la société précieuse eut, dit-on, as«ez de crédit pour fairf interdire la pièce de Molière. Quelques jours après, il est vrai, l'interdiction était levée et tes Préciruses ridicules devaient à cette petite persécution un nouveau succès. Cependant Molière, qui sut mêler aux audaces du génie la prudence d'un tacticien consommé, ne crut pas devoir persévérer dans cette voie, où il pi('-voyait déjà de nombreux obstacles. Ce fut une simple farce, i^nqu'untée à la tradition gauloise, Sganarelle. qui succéda aux l'rrcieuses ridicules : elle réussit.
Mais un grave événement faillit alors compromettre la prospérité de la troupe de Molière. Le 11 octobre lOGO, M. de Katabon. siu'intendant des bâtiments du roi, conunenca la démolition du l'etit-Bourbon, sur l'emplacement duquel devait s'élever la colonnade du Louvre, œuvre de Perrault. Molière se trouvant siu' !.• pavé eut recours à Louis XIV, dont la bienveillance, on doit le remarquer, se signala dès l'arrivée du poète à Paris. Il obtint la salle du Palais-Royal et inaugura cette nouvelle scène le 21 janvier 1661. Un mois plus tard, il y faisait représenter une comédie luroique, Dou Garde de Navarre ou le Prince jaloux (4 févriei' 1661), qui ne réussit pas : le public fut dérouté par cette pièce. où il ne retrouvait ni une tragédie, ni une comédie. Molière s'inclina, non sans regret, parait-il, devant l'arrêt des spectateurs et. ri-nonçant désormais à ce genre mal défini, se voua résolument à la comédie.
L'École des maris, qui fut représentée sur la scène du Palaisl>oyal,le '24 juin 1061, marque un progrés décisif sur les œuvres