ACTE II. SCÈNE II
DORINE
La voilà bien lotie!
Si j'étais en sa place, un homme assurément Ne m'épouserait pas de force impunément ; Et je lui ferais voir bientôt après la fête Ou'une femme a toujours une vengeance prête.
OUGON .
Donc (le ce que je dis on ne fera nul cas ?
DOUINE.
[)e quoi vous plaignez-vous? Je ne vous parle pas.
oK(;o.\.
Qu'est-ce que tu fais donc ?
DORINE
Je me parle moi-même.
ORGON
Fort bien. Pour châtier son insolence extrême, Il faut que je lui donne un revers de ma main.
(11 se met en posture de lui donner un soufflet; et Dorine, à chaciue coup d'œil qu'il jette, se tient droite sans parler.)
Ma lllle, vous devez approuver mon dessein.... Croire que le mari... que j'ai su vous élire.... Que ne te parles-tu?
DORINE
Je n'ai rien à me dire.
ORGON
Encore un petit mot.
DOKINE.
11 ne me plaît pas, moi '.
1. 11 ne semble pas que moi soit mis ici pour à moi; il est plutôt pou quant à moi. Comme le remarque Auger, cette phrase de refus, ce tour, se retrouve dans le Misanthrope (acte IV, se. lu et dans le Médecin malgré lui (se. ii), où Molière « n'était pas contraii. par la mesuic ».
ORGON
Certes, je t'y guettais.
DOBLNE.
.Quelque sotie S rna foi !
-'oncoN.
Rntln, ma fille, il f'ant payer d'obéissance, El monlrer pour mon choix entière déi'ércnce.
'DORi:»E, en s'enfuyant.
Je me moquerais ^ fort de prendre un tel époux. (Il lui veuL donner un souOlet et la manque.)
OKGO.N.
Vous avez là, ma fille, une peste avec vous, Avec qui sans péché je ne saurais plus vivre. Je me sens hors d'état maintenant de pour>uivre : Ses- 'dFseours insolents m'ont mis l'esprit en leu. Et je vais prendre l'air pour. me rasseoir un peu^.
1. I,ocution ellipHfiuo ; COTiiplf'tcz ainsi : fiiielqiic sotte dirait un petit iHot.
2. Jememoqjierais,,}ejXi(i: garderais biendc. Cf. l'Ai are, acte I, sc.v: '< Je veux lui donner pour épou.\ un homme aussi riciie que sage; et la coquine me dit au nez qu'elle .se moque de le prendre ».
ô. Molière a-recommencé toute cette scéncdans le -Malade hnaqinairc (voyez la v° se. de l'acte l"). Le fond est exactement, le même et les détails ne durèrent qu'en ce qui regarde l'état des personHapes. .\rgan, ne consultant que son intérêt de lualade, veut donner un médecin pour mari à Angélique, comme Orgon, n'écoutant que ses préventions dévotes, prétend que Mariane épouse ce samtiliornrae de Tartuffe. Toinette, servante attachée et faniiliôre comme Dorine, combat comme elle la résolution de son maître, d'aboid en feignant de n'y pas croire, ensuite en f:iisant ressortir ce qu'elle a de ridicule. La colère des deux pères est toute semblable : chacun d'eux veut frapper l'impertinente servante (iui le contrarie; et Toinette dit à .Argan : « Doucement..., vous ne songez pas que vu\is êtes malade, » de même que Dorine dit à Orgon :
(Ah ! vous èles dévot, etwous ,veus emportez !
(NotecrAitger.)