‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 207 sur 744 · ACTE Ii; SCÈM IV · texte numérisé non relu

ACTE Ii; SCÈM IV

VALÈRE

Vous n'aurez pas gi'and'peine à le suivre, je crois.

JlAr.IANE.

Pas plus qu'à le doiuier en a souffert votre âme;

VALÈRE

Moi, je vous l'ai donné pour vous plaire, Madame.

MARIANE

Et moi, je le suivrai pour vous l'aire plaisir.

DOniNE.

Voyons ce qui pourra de ceci réussir*;.

VALÈRE

C'est donc ainsi qu'on aime? El c'était tromperie Ouand vous....

MARIANE

Ne parlons point de cela, je a'ous prie. Vous m'avez dit tout Iranc que je dois accepter Cciui que pour époux on me veut p'-ésenler :: El je déclare, moi, que je prétends le faire, F^iisque vous m'en donnez le conseil salutaire. vAi.Èfit;.

Ne vous excusez point sur mes intentions. Vous a\iez pris déjà vos résolutions; Et vous vous saisissez d'un prétexte frivole Pour vous autoriser à manquer de parole.

MARIANE

11 est vrai, c'est Lien dit.

VALÈRE

Sans doute; et voire cœur N"a jamais eu pour moi de véritable ardeur.

1. Hviissir, advenir, résulter : c'est le sens du IaUu suecederc.

MARIANE

Ilélas! permis à vous d'avoir celle pensée.

VALÈKE.

Oui, oui, permis à moi; mais mon Ame offensée Vous pi'éviendra peut-être en un pareil dessein; Et je sais où porter et mes vœux et ma main.

MARIANE

Ah! je n'en doute point; et les ardeurs qu'excite Le mérite....

VALÊRE.

Mon Dieu, laissons là le mérite' :

J'en ai fort peu sans doute, et vous en faites foi. Mais j'espère aux bontés qu'une autre aura pour moi, Et j'en sais de qui l'àmc, à ma retraite ouverte, Consentira sans honte à réparer ma perte.

MARUNE.

La perte n'est pas grande : et de ce changement Vous vous consolerez assez lacilement.

VALKRE.

J'y ferai mon possible, et vous le pouvez croire.

Un cœur qui nous oublie engage notre gloire*;

(I faut à l'oublier UK^Itre aussi tous nos soins :

Si l'on n'en vient à bout, on le doit feindre au moins;

Et celle lâcheté jamais ne se pardonne,

De montrer de l'amour pour qui nous abandonne.

1. Mérite: ce mot a, dans la langue de la galanterie du xvii° sièrlo. un sons très particulier : il désigne les qualités et les séductions d'un amant. C'est ainsi que Pauline, craignant de céder au « cliarnic qui l'emporte vers » Sévère, lui dit :

Votre mérite est grand, si ma raison est forte.

(CoBNEiLi,E : Polyeucte, II, n.)

2. Gloire appartient aussi au vocabulaire de la galanterie : il est

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