ACTE lU. SCÈNE III
Tn cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.
le sais qu'un tel discours de moi paraît étrange ;
3Iais, Madame, après tout, je ne suis pas lui ange ;
Et, si vous condamnez l'aveu que je vous fais,
Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits.
Dès que j'en vis briller la splendeur plus qu'hunuiine
De mon intérieur vous fûtes souveraine;
De vos regards divins rinetfable douceur
Força la résistance où s'oDstinait mon cœur;
Elle surmonta tout, jeûnes, prières, larmes.
Et tourna tous mes vœux du côté de vos charmes.
Mes yeux et mes soupirs vous Tont dit mille fois.
Et pour mieux m'expliquer j'emploie ici la voix.
Oue si vous contemplez d'une âme un peu béjiigne
Les tribulations de votre esclave indigne.
S'il faut que vos bontés veuillent me consoler
Et jusqu'à mon néant daignent se ravaler.
J'aurai toujours pour vous, ô suave merveille.
Une dévotion à nulle autre pareille.
Votre honneur avec moi ne court point de hasard.
Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.
Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles.
Sont bruyants dans leurs faits et vuinsdans leurs paroles>
De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer;
Ils n'ont point do faveurs qu'ils n'aillent divulguer,
Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie.
Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie'.
Mais les gens comme nous brûlent d'un feu discret,
Avec qui pour toujours on est sûr du secret :
Le soin que nous prenons de notre renommée
Répond de toute cnose à la personne aimée.
Et c'est eu nous tju'on trouve, acceptant notre cœur,
1. Pour toutes ces locutions dévotes : a mon inlrririir. bénigne, tribulations, autel où leur cœur sacrifie », voyez p. '210, note 1.
Ile rainour sans scandale et du plaisir sans peui^*.
ELMIRE
Je vous écoute dire, et voire rhétorique
En ternies assez forts à mon âme s'explique.
N"appréhendez-vous point que je ne sois d'iiumeur
A dire à mon mari celte galante ardeur.
Ht que le prompt avis d'un amour de la sorte
Ne put bien altérer l'amitié qu'il vous porte?
TAKirrrE.
Je sais que vous avez trop de liénignité, Et que vous ferez grâce à ma témérité, (Jue vous m'excuserez sur l'humaine faiblesse Des violents transports d'un amour qui vous blesse, i^t considérerez, en regardant votre air. Une l'on n'est pas aveugle, et qu"un homme est de chair.
ELMIP.E.
D'autres prendraient cela d'autre façon peut-être;
Mais ma discrétion se veut faire paraître.
Je ne redirai point l'affaire à mon époux;
Mais je veux en revanche une chose de vous :
C'est de presser tout franc et sans nulle chicane
L'union de A'alère avecque Mariane,
De renoncer vous-même à l'injuste pouvoir
Oui veut du bien d'un autre enrichir votre espoir,
Et....
1. Ici Molière s'est souvenu de Régnier. Macette dit expressément des
gens d'église :
Ils sùnl trop obligés au secret de nature Et savent. jjIus discrets, apporter en aimant, Avecque moins d'éclat plus de contentement.... Le péché que l'on cache est demi-pardunné.
(Sdlires, XllI-;