‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 255 sur 744 · SCÈNE II DA.MIS, OIIGON, CI.ÉANÏE · texte numérisé non relu

SCÈNE II DA.MIS, OIIGON, CI.ÉANÏE

DAMIS

Quoi? mon père, est-il vnii qu'un coquin vous menace? Qu'il n'est point de liienfait qu'en son àme il n'eflace, Et que son lâche orgueil, trop dii^ne de courroux, Se l'ait de vos bontés des armes contre vous'?

ORGON

Oni, mon llls, et j'en sens des douleurs nompareilles*.

DAMIS

Laissez-moi, je lui veux couper les deux oreilles : Contre son insolence on ne doit point gauchir-; C'est à moi, tout d'un coup, de vous en allianchir, Et pour sortir d'affaire, il faut que je l'assomme.

CLi;\NTE.

Voilà tout justement parler eu vi-ai jeune homme. Modérez, s'il vous plaît, ces transports éclatants : Nous vivons sous un règne et sommes dans un temps Où par la violence on fait mal ses affaires'.

1. Noinp-ireil/rs : Boileau avait ridiculisé ce mot. l'accusant (Sat. II) de rimer trop souvent avec soleil; mais Molière, moins puriste, ne veut perdre aucune des ressources de la langiie.

2. Gauchir, s'écarter, reculer devant, mollir. Ce verbe, fréquemment employé par Corneille, appartenait plutôt, au temps de Molière, au vocabulaire de la comédie : il a disparu de l'usage,

3. Ces vers de Cléante semblent préparer la venue de l'exempt, qui, au dénouement de la pièce, montrera eiTectivementque «sous le régne» de Louis le Grand il n'y a jilacc ni pour la violence, ni pour la perlidie.

Page 1