Libertin, voyez p. 53i, noie
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peintre fidèle en personnifiant dans son Don Juan lo courtisan dépravé par l'égoïsme et la vanité. C'est ainsi qu'il sut rair(; entrer la vie moderne dans une légende qui semblait n'oH'rir au premier abord que la sujet d'un mystère édifiant. Il y fit entrer aussi la comédie avec le personnage de SganarcUe, et là encore il montra une science profonde de son temps. Il incarna dans le valet de Don Juan le peuple resté fidèle aux croyances religieuses, que rejetait le libertinage des grands seigneurs; mais il prêta à SganarcUe la foi aveugle et enfantine des âmes simples, qui met volontiers sur le même plan les dogmes les plus sacrés et les niaiseries de la superstition.
Si l'on voulait énumérer tous les motifs qui décidèrent Molière à écrire Don Juan, il faudrait aussi rappeler la querelle qu'il soutenait alors contre le parti dévot à propos du Tartuffe. Ur on peut supposer que le poète s'empressa de traiter un sujet qui, par sa conclusion édifiante, pouvait le réconcilier avec l'Église et le ranger parmi les adversaires de l'incrédulité. Mais il avait compté sans la mauvaise foi de ses détracteurs, qui jugèrent la nouvelle pièce encore plus scandaleuse que le Tartuffe. On estima que le châtiment de Don Juan Hait dérisoire, qu'il ne suffisait pas à compenser le long triomphe de l'athée et surtout l'admiration sympathique éveillée pendant cinq actes par son élégance, son esprit, son courage et les séductions de son aristocratique perversité. Du l'esle, si Molière donnait des gages au parti dévot en « foudroyant l'athéisme* », il reprenait les hostilités contre les lartuU'es quand il montrait l)(in Juan couronnant fous ses crimes par Ihypocrisie religieuse. 11:1 a pu même prétendre que Molière n'eût pas fait subir à son (■ rsonnage cette dernière incarnation, si elle ne lui avait pas I urni l'occasion de traîner ses adversaires sur le théâtre et de les exposer au mépris public. Il se peut qu'en cette circonstance le poète ait surtout pris conseil de sa passion; mais rien n'est plus vraisemblable que l'hypoci^isie de Don Juan : pourquoi \m athée hésiterait-il à simuler, quand son intérêt le lui conseille, des croyances qui lui sont indifférentes? Ce mensonge n'est-il pas la forme la plus raffinée et la plus impertinente de
1. Pliisioms pioces composées sur le sujet de Don Juan portaient ce .-ous-liti'C : ou IWtliéc foudroijé.
s'iii « libertinafco »? Molière se trouve ici d'accord avec un grand peintre de nœurs, La Bruyère, qui a dit : « Un dévot (faux :l(!Vot) est celui qui, sous un roi athée, serait afiiée* ».
Bien qu'elle traitai un sujet qui avait alors la faveur du public, la pièce de Molière n'obtint qu'un succès médiocre : elle (Mit pou de représentations et disparut mènif brusquement de ialliclie. Faut-il allribuer cet échec à l'influence de la cabale laissante qui condjattait alors l'auteur du Tartiiffe-'l Un serait lente de le croii-e lors(iu'on voit Molièi'e supprimer après la première rejnx'scntation la scène du pauvre, où Don ,Iuan offrait un louis d'or à un mendiant jiour prix d'un Itlasjihème. D'autre part. Voltaire a prétendu que le public avait été déconcerté en voyant Molière, contrairement à tous les usages, écrire en prose une comédie en cinq actes. Cette surjjrise du public peut n'avoir pas été étrangère à la froideur de son accueil. Ce qui est certain, c'est que Thomas Corneille versifia en 1(577 la pièce de Molière, et que. sous cette forme nouvelle. Don Juan rencontra une faveur que lui avaient refusée les premiers spectateurs.
Don Juan avait été représenté pour la première fois, sxn- la scène du Palais-Royal, le 15 février 1G65.