‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 285 sur 744 · SCÈNE II D0>' JUAN, SCANARELLE, UN UAUVllE · texte numérisé non relu

SCÈNE II D0>' JUAN, SCANARELLE, UN UAUVllE

SGANAP.ELLE. — Enseiguez-nous un peu le chemin qui mène à la ville.

i.E PAivr.E. — Vous n'avez qu'à suivre cette route. Messieurs, et détourner à main droite quand vous serez au bout de la forêt; mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que, depuis quehpie temps, il y a des voleurs ici autour.

DON ji'AN. — Je te suis bien obligé, mon ami, el je te rends grâce de tout mon cœur.

LE PAUVRE. — Si vous voulicz, Mousicur, me secourir de quelque aumône ?

DON JUAN. — Ah! ahl ton avis est intéressé, à cî que je vois.

LE PAUVRE. — Je suis uu pauvre homme. Monsieur, retiré

tion prise dans son ensemble, et il se mettait par conséquent an féminin. »

(Lexique de la langue de Corneille.)

342 DON JUA:S.

tout seul dans ce bois depuis dix ans, ei je ne manquerai pas de prier le Ciel ({u'il vous donne toute sorle de biens.

DOS JUAN. — Eh! prie-le! qu'il te donne un lialiil, sans te mettre en peine des atTaires des auties.

SGANARELLE. — Vous uc counaissez pas, Monsieur, bonhomme : il ne croit qu'en deux et deux sont (juatre, et en quatre et quatre sont huit.

Dox JUAX. — Quelle est Ion occupation parmi ces arbres?

LE PAUVRE. — l>e prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.

DON JUAN-. — Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise?

LE PAUVRE. — Hélas! Monsieur, je suis dans la plus grande nécessité du monde.

DON JUAN. — Tu te moques : un lidinmc qui juMe le Ciel tout le jour, ne peut j)as manquer d'être bien dans ses affaires.

LE PAUVRE. — Je vous assure, Monsieur, que le plus souvent je n'ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents.

DON JUAN. — Voilà 1 qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins. Ah! ah! je m'en vais te donner un louis d'or tout à l'heure, pourvu que tu veuilles jurer.

LE PAUVRE. — Ah ! Monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché?

DON JUAN. — Tu n'as qu'à voir si tu veux gagner un louis

t. Toute ccUe scène jusqu'à : « Je te le donne pour l'amour de l'humanité » fut supprimée à partir de la seconde représentation. Le public avait sans doute manifesté par ses murmures qu'il condamnait la hardiesse du poète. Cependant il faut reconnaître que nulle part Molière ne nous révèle mieux que dans cette scène la perversité et la méchanceté de Don Juan, qui s'obstine à violer une conscience, et qui voudrait se donner le spectacle d'une lâcheté. Le personnage devient ici franchement odieux, et l'on ne saurait accuser Molière d'avoir présenté son athée sous des dehors séduisants.

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