‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 292 sur 744 · D0>- LOUIS, D0>' JUAN, LA VIOLETTE, SGANAIIELLE · texte numérisé non relu

D0>- LOUIS, D0>' JUAN, LA VIOLETTE, SGANAIIELLE

i.A VIOLETTE. — MoiisicuF, voilà Mousicur votre père.

DON JCAN. — Ah ! me voici hien : il me l'allail cette visite pour me l'aire enrager.

DON Loi'is. — Je vois Lien que je vous eiiii)arrasse, et que vous vous passeriez lort aisément de ma venue,

1. Cette scène, nous le savons par une affiche, était appelée au xvii* siècle : In belle scène. Elle dut assurément être fort goûtée, parce qu'elle iieignait un des travers les plus fâcheux et aussi les plus connus des grands seigneurs. Ceux qui payaient leurs dettes se sont fait une réputation de probité, dont l'éloge a retenti jusque dans la chaire chrétienne. Bossuet loue Anne de Gonzague d'avoir « acquitté ce qu'elle devait avec une scrupuleuse régularité ». Dans le sermon sur la Justice, prêché devant la cour (1666), il constate « qu'on ne craint pas de faire misérablement languir des marchands (M. Dimanche) et des ouvriers dont la famille éplorée crie vengeance contre votre luxe ». Cf. le sermon de Bourdaloue xur le Devoir de restilutiov. On voit que Molière peignait d'après nature, et cette scène ila Don Juan est mieux qu'une scène amusante : c'est une scène vraie.

A (lire vrai, nous nous iiiconnnodons étrangement l'un ot l'autre ; et si vous êtes las de me voir, je suis bien las aussi de vos déporfcnienls '. Iirias ! que nous savons peu ce que nous faisons quand nous ne laissons pas au Ciel le soin des choses qu'il nous faut, quand nous voulons être plus avisés que lui. et que nous venons à l'importuner par nos souhaits aveugles et nos demandes inconsidérées! J'ai souhaité un fils avec des ardeurs nompareilles ; je l'ai demandé sans relik-he avec des transports incroyables; et ce tils, que j'obtiens eu fatiguant le Ciel de vœux, est le chagrin et le supplice de cette vie même dont je croyais qu'il devait être la joie et la consolation. De quel œil, à votre avis, pensez-vous (jue je puisse voir cet amas d'actions indignés, dont on a peine, aux yeux du monde, d'adoucir le mauvais visage^, cette suite continuelle de méchantes afraires, fiui nous réduisent, à toutes heures, à lasser les bontés du Souverain, et qui ont épuisé auprès de lui le mérite de nii's services et le crédit de mes amis? Ah! quelle bassesse est la vôtre ! Ne rougissez-vous point démériter si peu votre naissance? Ètes-vous en droit, dites-moi, d'en tirer quelque vanité? Et qu'avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme? Croyez-vous qu'il suffise d'en porter le nom l't les armes, et que ce nous soit une gloire d'être sorti d'un sang noble lorsque nous vivons en infâmes? >'on, non, la naissance n'est rieu on la vertu n'est pas s. Aussi nous n'avonspart à la gloire de nos ancêtres qu'aulaut que nous

1. Di'jmrtcmcnls : ce mot, pris d'abord dans le sens indéterminé de conduite bonne ou mauvaise, est ici synonyme de désordre, scandale.

2. Visage a ici le sens de : aspect. On emploierait au.jouid'liui dans ce sens le mot : phi/sionomie. Céuin cite cet exemple de Montaigne : parlant de l'entreprise d'écrire ses mémoires, il dit : « Elle est si fantastique, et a un visage si éloigné de l'usage commun, etc. « {Essais. II. 8.)

3. Comparez à cette scène la troisième de l'acte V du Meilleur, où Céronte reproche à son fils Dorante de déshonorer ses aïeux par ses

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