‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 313 sur 744 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Semble si forl donner dans les mœurs d'à présent. D'où vient que, leur portant une haine mortelle, Vous pouvez bien souffrir ce qu'en tient' cette belle? Ne sout-ce plus défauts dans un objet si doux? Ne les voyez-vous pas? ou les excusez-vous?

AIXESTE.

JN'on. l'amour que je sens pour cette jeune veuve

Ne ferme point mes yeux aux défauts qu'on lui treuve-,

Et je suis, queltpie ardeur qu'elle m'ait pu donner,

Le pi-emier à les voir, comme à les condamner.

Mais, avec tout cela, quoi (pie je puisse faire.

Je confesse mon faible, elle a l'art de me plaire :

J'ai beau voir ses défauts, et j'ai beau l'en blâmer,

En dépit qu'on en ait s, elle se fait aimer;

Sa grâce est la plus forte; et sans doute ma flamme

De ces vices du temj)s pourra purger* son âme.

PUn,lNTE.

Si vous faites cela, vous ne ferez pas peu. Vous croyez être donc aimé d'elle?

ALCESTE

Oui, parbleu!

1. En tient : ce que cette belle conserve dos mœurs du temps.

2. Trcuve : nous avons di^jà relevé celte forme archaïque de trouve dans les Pràciciiscs rk/iculrs, p. -iO.

5. En di-pit qu'on en ail : inali,Tt' qu'on en ait. Celte locution s'ana lyse assez diflicilcment. Comment rendre compte du premier en! Génin i Le.rique de Molière) croit résoudre celle difficulté en ne voyant dans en qu'un préfixe augmentatif détaché à tort par l'écriture du modépit, et il propose d'écrire cKr/t'/)//. Mais ce n'est qu'une conjecture, liref, la locution employée par Molière revient à ceci : quelque dépit ipi'on en (de sa faiblesse) ait.

i. Purger, dans le sens de iiurifier, appartenait alors au style noldc : Corneille parle ainsi de l'eau du baptême,

.... qui pnrgenut noire âme et dessillant nos yeux, ^ous rend le premier droit que nous avions aux cieux.

[PolyeucU', I, i.)

Je ne l'aimerais pas, si je ne croyais Tètre,

PHILINTE

Mais si son amitié pour vous se fait paraître, H'où vient que vos rivaux vous causent de Tennui?

ALCESTK,

C'est qu'un cœur bien atteint veut qu'on soiL tout à lui, Et je ne viens ici qu'à dessein de lui diie Tout ce que là-dessus ma passion m'inspire.

l'HM.ISTE.

Pour moi, si je n'avais qu'à former des désirs, La cousine Éliante aurait tous mes soiipirs; Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère, Et ce choix plus conforme' était mieux votre afTaire.

ALCESTE

Il est vrai : ma raison me le dit chaque jour; Mais la raison n'est pas ce qui règle Tamour.

PHILINTE

Je crains fort pour vos feux; et l'espoir où vous êtes Pourrait....

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