‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 318 sur 744 · ACTE I, SGÈKE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SGÈKE II

OnONTE.

Vous eûtes de Ja complaisance ; Mais vous en deviez moins avoir.

Et ne vous pas mettre en dépense our ne me donner que l'espoir.

PUILl.NTK.

Ali! ([ireii termes galants ces choses-là sont mises!

ALCESIE, ijas.

ilorljleu! vil complaisant, vous louez des sottises? ono.NTE.

S'il faut qu'une attente éternelle Pousse à bout l'ardeur de mon zèle.

Le trépas sera mon recours.

Vos soins ne m'en peuvent distraire :

Belle PhiJis, on désespère. Alors qu'on espère toujours^.

rUILlXTE.

La chute- en est jolie, amoureuse, admirable.

1. j\. [';iul Mesnaiil iCullect. d<>s (ÎDiiuls Écricaiiis) et M. Livct. dans ■^on édition tlassique du Miscnitlirope, ont cité une l'oule de ijoèli^s

-pagnols et français où se letrouve l'antithèse par laquelle se leriiiiie le sonnet d'Oronte. L'abondance de ces rapprochements ()rouve qno ce jeu de mots était depuis longtemps un des thèmes favoris de la poésie galante. Ronsard, plus que tout autre, avait pu le populariser en France: il dit de l'atiiour :

C'est un plaisii- tout reniply de tristesse, C'est un tourment tout conlit de liesse, In désespoir où toujours on espère, In espérer où l'on se désespère.

2. La chute : on désigne ainsi le trait, la pensée précieuse ou brillante jjar laquelle se termine un sonnet. On appelait, au xvii' siède, « In chute à l'Ave Marin » l'ingénieuse transition par laquelle celle prière était ament'e par les piédicateurs à la fin de leur exorde. Cf. I'.nclon : I)ialv(jiies sur l'éloqnence.

ALCESTE, has.

La pcsie de ta cliiilf!! KniuoisoniiPTir au fliablc'» Eli eusses-Ui fait une à te casser le nez-!

PHILI.NTE.

Je n'ai jamais ouï de vers si l)ien tournés.

ALCESTK.

?.!oiijleu!...

OnONTE.

Vous me flattez, et vous croyez peut-être....

PHILIME.

Non, jo ne flatte point.

ALCESTE, bas.

Et que fais-tu donc, traître?

ORONTE

jlais,. pour vous, vous save2 quel est notre traité : Park'z-nioi, jo vous {irie, avec sincérité.

ALCESTE

Monsieur, cette mafi*"'re est toujours délicate,

Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte.

Mais un jour, à quelqu'un, dont je tairai le nom,

Je disais, en voyant des vers de sa façon,

fju'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire

Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire;

Ou'il doit tenir la bride aux grands empressements

•f . .i(/ diiihle : bon ;)our le diable, digne d'aller au diable : (tu a ici le sens du latin nd.

•2: CeUe plaisanterie d'Alcesle est évidemment un peu triviale. J.-J. Rousseau la relève sévèrement (Lettre ù d'A/embert) et l'accuse de " ravilir la vertu ». Mais Alceste n'est pas « la vertu » : c'est un honnête homme, ce qui ne le dispense pas d'être à l'occasion violent et empoi'té.

Page 1