Je lui montrais ; on lit de même, dans Tartuffe (I, i
Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux.
:.S8 LE MISANTimOPE.
i' ne dis pas cola*; mais enfin, lui disais-je,
(,.i('l i)esoin si pressant avez-vous de rimer?
lli (pii dianire vous pousse à vous faire imprimer?
Si Ton peut pardoinier l'essor d'un mauvais livre,
<'e n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre.
Croyez-moi, résistez à vos tentations,
licrobez au public ces occupations;
Et n'allez point quitter, de quoi que l'on vous somme,
Le nom que dans la cour vous avez d'honnête homme-,
î'Mur prendre, de la main d'un avide imprimeur',
Ceiui de ridicule et misérable auteur.
C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre.
Voilà qui va fort bien, et je crois vous entendre. Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet...?
ALCESTE
Franchement, il est bon à mettre au cabinet*. Vous vous êtes réglé sur de méchants modèles, Et vos expressions ne sont point naturelles.
i. Les commentateurs ont trouvé ce mot dans un dialogue du Roman c.imiqiœ de Scarron. On ])eut supposer que Molière ne s'est inspiré ici <î !0 do la situation et du caractère d'Alceste, pour lui faire répéter ce iMt, qui peint si bien son embarras, lorsqu'il se trouve placé entre sa L.: utoisie et sa sincérité.
1. Ilouncle homme, homme du mond:'. instruit sans doute et cultivé, i;i lis dont la principale qualité est dètrc exempt de tout pédantisme.
5. Au xvii" siècle, les libraires n'associaient pas ordinairement les anknirs à leurs bénéfices. Sur la profession d'hommes de lettres au x.ii'siècle, voyez : E. Despois : /c Tlic/ilre français sons LouisXlV.Wv. IK.
1. Au cabinet ; il faut, au lieu de 1' « exposer au public !i. le cacher soigneusement au fond d'un tiroir, dans un de ces cabinets ou secré- Inires'où l'on di'pose les livres et les papiers précieux. Dans le /'07nan l/'j.'irf/eois de Furctière, un marquis achète à la bourgeoise Lucrèce n un cabinet d'ébènc », où elle cache précieusement ses bijoux et la promesse de mariage qu'elle tient du marquis 1G68).
ACrF I. SCÈNE II. 389
Qu'est-ce que Nous herce un temps noire ennui?
El que Rien ne )narclie après hii?
Que Ne vous pas mettre en dépense,
Pour ne me donner que l'espoir?
Et f[ue PJiilis, on désespère,
Alors qu'on espère toujours?
Ce style fijîuré, dont on fait vanité,
Sort du bon caractère et de la vérité :
(!e n'est que jeu de mots, qu'afFectation pure.
Et ce n'est point ainsi que paile la nature.
Le méchant août du siècle, en cola, me fait peur.
Nos pères, tous grossiers*, l'avaien' beaucoup meilleur,
El je prise bien moins tout ce que l'on admire.
Qu'une vieille chanson- qtu- je m'en vais vous dire :
Si le Roi m'avait donné
Paris, sa (jrand'ville, El qu'il me fallût quitter
L'amour de ma mie.
Je dirais au roi Henri :
« Reprenez votre Paris • J'aime mieux ma mie, au gué^!
J'aime mieux ma mie. »
La lime n'est pas riche, et h; style en est vieux :
1. Tous grossiers : on écrirait aujourd'liui : toiil grossiers; mais l'usage du xvii* siècle ne distinguait pas les cas où tout est adjectif de ".eux où il forme une locution adverbiale.
2. « La vieille chanson » citée par Alceste n'a été retrouvée dans aucun recueil de chansons poj)ulaires. C'est sans preuves formelles qu'on a voulu l'attribuer à .\ntoine de Bourbon, père de Henri IV. Ge qui parait certain, c'est que nous n'avons pas affaire ici à un habile pastiche de Molière. Malg^ré sa connaissance de nos vieilles poésies, il eût difficilement attrape le tour naïf et si francliement populaire de cette chanson.
5. Cette exclamation nu f/uc est un des non-sens dont s'accommode si volontiers la poésie populaire. Cela ne siguilio rien de plus précis que lanlaire, etc.
3y0 LE MISANTin\OF»E.
Mais ne voyez-vous pas que cela vaut bien mieux Ouc ces colilichels* dont le bon sens murmure, Et (jue la passion parie là toute pure?
Si le Roi m'aïuiit donné
Paris, sa or and' ville, El qu'il nie fallût cjuiUer
Uamonr de ma mie.
Je dirais au roi Henri :
« Reprenez votre Paris :
J'aime mieux ma mie, au gué!
J'aime mieux ma mie. )>
Voilà ce que peut dire an cœur vraiment épris.
(A PliiliiUe.)
Oui, Monsieur le riour, malsi'é vos beaux esprits,
J'estime plus cela que la pompe fleurie
Do tous ces faux brillants*, oîi chacun se récrie.
OUONTE.
El moi, je vous soutiens que mes vers sont tort ]K)n-i,
ALCESTE
l'our les trouver ainsi vous avez vos raisons;
Mais vous trouverez bon que j'en puisse avoir d'autres,
Oi'.i se dispenseront de se soumettre aux vôtres.
Or.OME.
11 me suffît de voir que d'autres en l'ont cas.
1. Colifichch : rien n'est (lus commun ni plus ancien ijui.' cot us:i;k qui consiste à assimiler mt'taphoriqïiement les orneiaents du stylo à la parure des femmes ou aux artifices de lour coquelterie; Régnier, CiiLiquant la « préciosité » des poètes de l'école de Jlalhcrbe, éoiit :
Aussi je les compare à ces femmes jolies, <Jui par les (iffiquels se rendent eHi!)eliies.
(Salir^'s. IX.)
2. Ces fausses beautés, à propos desquelles clicicun se récrie d'adini-