‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 341 sur 744 · ACTE III. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE I

A faire aux nouveautés', dont je suis idolâtre, Fiffure de savant siu" les bancs du théâtre*,

Y décider en clnd', et faire du fracas

A tous les beaux encb'oils qui méritent des has. Je suis assez adroit; j'ai bon air, bonne mine, Les dents belles surtout, et la taille fort fine, ijuant à se mettre biea, je crois, saus me tlatter, (jîi'on serait mal venu de rae le disputer. Je me vois dans l'estime autant qu'on y puisse être. Fort aimé du beau sexe, et bien auprès du Maître. Je crois qu'avec cela, mon cher Manjuis, je croi iju'on peut, par tout pays, être content, de soi.

CUTANDRE.

Oni; mais, trouvant ailleur.s des conquêtes faciles, Pourquoi pousser ici des soupirs inutiles?

A CASTE

Moi? l'ailileu! je ne suis de taille ni d'hiuneur A pouvoir d'une belle essuyer la froideur. C'est aux gens mal tournés, aux mérites vulgaires, A brûler constamment ^ pour des beautés sévères, A languir à leurs pieds et souffrir leurs rigueurs, A chercher le secours des soupirs et des pleurs. Et tâcher, par des soins d'ime très longue suite*, ! l'obtenir ce qu!on uie^ à leur peu de mérite. Mais les gens de mon aii-, Marquis, ne sont pas faits

1. Aux nouveautés, quand on représente des pièces nouvelles. i. Sur l'usage auquel fait allusion Molière, voyez p. lOi, note 1. ". Avec constance, comme dans ce passage des Femmes savantes ijte V, scène i") :

.... .le ne pensais pas que la philosophie Fût si l>e!le qu'elle est, d'ins-truire ainsi les gens A poitei' cunstammenl de pareils accidents.

i. Par une cour as.sidue.

?^. Ce qu'on refuse à leui's faibles attraits. Sm* le sens du mot mérite,

V ;yez p. 23 i, note 1.

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l'our aimer à crédit', et l'aire tous les frais.

(Jueltiiie rare que soit le mérite des belles,

Je pense, Dieu merci! qu'on vaut son prix comme elles.

Que pour se taire honneur d'un cœur comme le mien,

(le n'est pas la raison- qu'il ne leur coûte rien.

Et qu'au moins, à tout metire en de justes balances,

11 faut qu'à frais communs se fassent les avances.

CLITANDUE.

Tu penses donc, Marquis, être fort bien ici^?

ACASTE

J'ai quelque lieu, Marquis, de le penser ainsi.

CLITANDRE

Crois-moi, délachc-toi de cette erreur extrême : Tu te (laites, mon cher, et t'aveugles toi-même.

ACASTE

Il est vrai, je me flatte et m'aveugle en ellet.

CLITANDRE

Mais qui* te l'ait juger ton bonheur si parfait?

ACASTE

Je me Halte.

CLITANDRE

Sur quoi fonder tes conjectures?

ACASTE

Je m'aveugle.

CLITANDRE

En as-tu des preuves qui soient sûres'?

1. .4 crcdil, en faisant dos avances dont le remboursement est fort al .'aloire.

5J. Ce n'esl pas la raison que, il n'est pas raisonnable que. b. Etre bien accueilli de Ctiimène et pouvoir compter sur son aiuour. 4. ilui correspond ici au neutre qidd, quelle chose?

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