ACTE III. SCÈNE IV
AnsixoÉ. Il n'est pas nécessaire, Mciflanio. L'aniilii- dciil surtout éclater^ Aux- choses qui le plus nous peuvent importer: Et comme il n'(Mi est point de plus grande importance Que celles de l'honneur et de la bienséanee. Je viens, par un avis qui touche votre hoiuieur. Témoigner l'amitié que pour vous a mon cœur. Hier j'étais chez des gens de vertu singulière^, Où sur vous du discours* oit tourna la matière; Et là, votre conduite, avec ses grands éclals. Madame, eut le malheur qu'on ne la loua pas. Celle l'oule de gens dont vous souffrez visite, Votre galanterie, et les bruits qu'elle excite Trouvèrent des censeurs plus qu'il n'aurait fallu, Et bien plus rigoureux que je n'eusse voulu. Vous pouvez bien penser quel parti je sus prendre : Je fis {■(', fpic j(! pus pour vous pouvoir défendre, .II' vous excusai fort sur votre intention'', Va voulus de votre <àmc être la caution. Mais vous savez qu'il est des choses dans la vie Qu'on ne peut excuser, quoi(|u'on en ait envie; Et je me vis contrainte à d nieurer d'accord
1. Éclater: se monticr avec éclat, comme dans ce vers (jiie nous, avons vu |)lus liant, acte II, se. iv :
A ne rien pardonner le pur amour échilc.
2. Aux. dans les choses : l'emploi de la préposition à était beaucoup plus étendu au xvii* siècle qu'aujourd'h\ii.
5. Singulière, exceptionnelle, qui n'appartient qu'à eux et leur confère une sorte de iirivilègo : c'est le latin xiiir/iiluris.
i. Di.srours, conveisation, propos. « Un silence perpétuel, dit La Bruyère, serait une chose pire dans le commerce que les discours inutiles. » (De In Société et (le la Conversation.)
5. En faisant valoir la pureté de vos intentions. .\ rapprocher de ; morale de Tartuffe (acte IV, se. v), avec lequel .Arsinoé a plusieurs traits de ressemblance.
Oiie l'air' ilont vous viviez vous faisait un peu fort, (ju"il preuail dans le ruoude une niéclianlc l'ace, (jii'il n'est coule fâcheux que partout on n'en fasse, Et (pie, si vous vouliez, tous vos déporlements^ l'ourraicnt moins donner prise aux mauvais jugements. Non (|ue j'y croie, au fond, l'honnêteté blessée : Me préserve le Ciel d'en avoir la pensée ! Mais aux ombres du cj:ime on prête aisément foi, Et ce n'est pas assez.de bien vivre pour soi. Madame, je vous ax)is- l'âme trop raisonnaJjle, Pour ne pas prendre bien cet avis profîtaJjle, Et pour l'attribuer qu'aux mouvements' secrets D'un zèle ((ui m'attache à tous vos intérêts.
CBIIMKNK.
Madame, j'ai beaucoup de grâces à vous rendre : Un tel avis m'oblige, et loin de le mal prendre. J'en prétends reconnaître, à l'instant, la faveur, Par un avis aussi qui touche votre honneur; Et comme je vous vois vous montrer mon amie En m'apprenant les bruits que de moi l'on publie, Je veux suivre, à mon tour, un exemple si doux. En vous avertissant de ce cpi'on dit de vous. En un lieu, l'autre jour, où je faisais visite. Je trouvai quelques gens d'un très rare mérite*,
1. L'air, la façon. « Pour moi. dit Climène dans la Critique de l'Ecole (les fetnmcs.jc vis d'un air dans le monde à no pas ciaindie d'être clierclice dans les peintures qu'on fait là. » Voyez p. loS.
2. Déportcments. qui ne s'eniploio }ilus qu'en mauvaise part, était alors synonyme d'actions honnes ou mauvaises.
5. Et pour l'attribuer à autre chose ipi'aiix moiiuemenls..L'e\\iYiBe ost In même que dans cette phrase de l'Aixire (acte IV, se. i) : « Je.vous crois trop raisonnable pour vouloir exiger de moi que ce qui peui in'èlre permis pai' l'honneur et la bienséance ».
i: Ces^jens d'un trrs rare mérite vont répondre fart, à propos aux (jens de vertu singidiùre, dont Assinoé a précédemment invocpié le té-moignage. Céliniène calque sa riposte sur l'attaque de son advei'saire,