ACTE III. SCÉ>E IV
Ce grand aveuglomenl où chacun est pour soi'. II ne tiendra qu'à vous qu'avec le même zcie Nous ne continuions cet office fidèle, Et ne prenions grand soin de nous dire, entre nous, Ce que nous entendrons, vous de- moi, moi de vous.
Ah! .Madame, de vous je ne puis lien entendre : C'est en moi (pie l'on peut lion ver fort à reprendre.
Madame, on peut, je crois-, louer et blâmer tout, Et chacun a raison suivant l'âge ou le goût. Il est une saison^ pour la galanterie; 11 en est une aussi propre à la pruderie. On peut, par poHtique*, en prendre le parti. Quand de nos jeunes ans l'éclat est amorti : Cela sert à couvrir de fâcheuses disgrâces. Je ne dis pas qu'un jour je ne suive vos traces : 1,'âge amènera tout, et ce n'est pas le temps, Madame, comme on sait, d'èlre prude à vingt ans.
Certes, vous vous targuez d'un bien faible avantage, Et vous faites sonner terriblement votre âge''.
1. Et dont La Piocliefoucaiild venait de donner tant d'exemples piquants dans ses Nruimci (IGGS'l.
2. Nous.avons déjà vu de pris dans le sens de : sur le compte de.
5. Saison, une époque de la vie : jeune saison \)om' jeunesse est fréquent chez les poètes du xvii' siècle; saison est pris aussi dans le sens indéterminé de temps, comme dans ce vers de Corneille :
Soit; mais il est saison que nous allions au temple.
[Le Menteur, IV, ix.) 4. Par politique, voyez p. 2Sl, note 2. o. l'aire sonner, parler avec complaisance et avec emphase d'une
Ce que de plus que vous on en pourrait avoir * N'est pas un si grand cas- pour s'en tant prévaloir; Et je ne sais pourquoi votre âme ainsi s'etnporte, Madame, à me pousser^ de cette étrange sorte.
El moi, je ne sais pas, Madame, aussi pourquoi
On vous voit, en tous lieux, vous déchaîner sur moi.
Faut-il de vos chagrins, sans cesse, à moi vous prendre?
Et puis-je mais* des soins qu'on ue va pas vous rendie?
Si ma personne aux gens inspire de l'amour,
Et si l'on continue à m'offrir chaque jour
Des vœux que votre cœur peut souhaiter qu'on m'oie ^,
Je n'y saurais que faire, et ce n'est pas ma faute :
Vous avez le champ libre, et '\c n'eiiipèclie pas
Oue pour les attirer vous n'ayez des appas-.
ARSIiNOÉ.
Mêlas! et croyez-vous ffue Ton se mette en peine De ce nombre d'amants dont vous faites la vaine. Et qu'il ne nous soit pas fort aisé de juger
cliose, en donnant aux mots des intonations, des .sonorités ]irovo-
quantes :
Étaler force mots qu'elles n'.enleudent pas, Faire, sonner Lamboy, Jean de Vert et Gallas.
(CoiiNTULLE : /(' MeniPiir, I, vi.) 1. L'embarras de l'eviiression montre combien cet aveu est pénible à la cofiuetterie d'Arsinoé.
■2. Cas, chose importante :
Ce n'est pas peu de ras de faire im lon^c voyage.
flttcNiEE, épitre n.) Cl. f'-)usser, exciter, iraitor : nous dirions aujourd'hui : pousser à bout. i. Puis-je mais? Suis-je responsable de la désertion des galants? Mais est pris ici dans le sens étymologique du latin macjis, davantage.
o. Oler des v<£u.v ne se dirait guère aujourd'hui ; mais les emplois du verbe ôler étaient plus nom))reux etplus étendusan xvir siècle. Mmede Sévigné éciit : « Le comte de Guitaut m'a flattée d'avoir pris plaisir à me redonner pour lui toute7'«sime qu'on aurait pu muter, etc.»