‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 356 sur 744 · ACTE III. SCÈtNE V · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈtNE V

ALCESTE

E; tjuo voudriez-vous, Madame, que j'y fisse?

L'humeur dont je me sens veut que je m'en bannisse.

Le Ciel ne m'a point fait, on me donnant le jour,

Lue àme compatible avec l'air de la cour;

Je ne me trouve point les vertus nécessaires

l'our y bien réussir et faire mes affaires.

Etre franc et sincère est mon plus grand talent;

.Je ne sais point jouer les hommes en parlant ;

Et qui n'a pas le don de cacher ce qu'il pense

lioit faire en ce pays fort peu de résidence*.

ilors de la cour, sans doute, on n'a pas cet appui,

El ces litres d'honneur qu'elle doime aujourd'hui;

Mais on n'a pas aussi, perdant ces avantages.

Le chagrin de jouer de fort sots personnages :

du n'a point à souffrir mille rebuts cruels,

i)ii n'a point à louer les vers de Messieurs tels,

A donner de l'encens à Madame une telle,

i'.l do nos francs marquis essuyer la cervelle-.

ARSl'NOÉ.

Laissons, puisqu'il^ tous plaît, ce chapitre de cour;

1. Comparez à ce tableau de la cour ce qu'en ont dit La Bruyère < De tu Cour}, Fléchier dans V Oraison fiuubre àa Montausicr, et, avant 'ux, liégnier :

Et puis, je ne saurais me foreer ni me feindre : Trop libre en volonté, je ne me puis contiaindre; Je ne saurai~5 flatter, ci ne sars point comment il laut se taire, accoii, ou parler faussement, etc. (Satires, m.) Passage imité par Boil eau, dans sa première satire :

Mais moi, vivi-e à Paris! Eh! qu'y voudrais-je faire?

Je ne sais ni tromper, ni l'eindi e", ni mentir.,.

Je suis rustique et liei-, et j'ai l'âme grossière, etc.

2. Lu cervelle, la sottise et J'estravaganco : essuyer Iti cervelle veut donc dire : subir les sottises. Cette expression, très hardie, semble une création de Molière.

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