‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 365 sur 744 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

On fait force desseins qu'on n'exécute pas ;

On a beau voir, pour rompre, une raison puissante,

Une coupable aimée est bientôt innocente;

Tout le mal qu'on lui veut se dissipe aisément,

Et l'on sait ce que c'est qu'un courroux d'un amant'.

ALCESTE

Non, non, Madame, non : roHense est trop mortelle, Il n'est point de retour, et je romps avec elle ; Rien ne saurait changer le dessein que j'en fais, Et je me punirais de l'estimer jamais.

La voici. Mon courroux redouble à cette approche; Je vais de sa noirceur lui faire un vif reproche. Pleinement la confondre, et vous jjorter après Un cœur tout dégagé de ses trompeurs attraits.

scr-iNE m

CÉLLMÈNK, ALCESTE.

ALCKSTE.

0 Ciel! de mes transports puis-je être ici le maître?

cianii'xE.

Ouais! Quel est donc le trouble où je vous vois paraître? Et que me veulent dire et ces soupirs poussés. Et ces sombres regards que sur moi vous lancez?

ALCESTE

One toutes les horreurs dont une âme est capable A vos déloyautés n'^ont rien de comparable; Oue le sort, les démons, et le Ciel en courroux N'ont jamais rien produit de si méchant que vous.

1. Sans doute ce f[uc dit ici Éliante est fort juste et le couplet est joli; mais le personnage ne parait-il pas ici fuielf|ne peu froid et raisonneur? Aucune situation ne prend Klianto an dépourvu : elle est toujours prête à « disserter ». selon la nioile du temps, sur tous les sujets q\ii louchent aux faiblesses et aux illusions du cœur.

444 LE MISAyrnUOPE.

OÉLIMKNE.

Voilà cerlaincmenf des douceurs' que j'admire.

AI.CKSTE.

Ah ! ne plaisantez point, il n'est pas temps de rire :

Rouf^issez iiien plutôt, vous en avez raison^;

Et j'ai de sûrs témoins'- de votre trahison.

Voilà ce que marquaient les troubles de mon âme:

Ce n'était pas en vain fpie s'alainiait ma flamme;

.-•ar ces fréquents soupçons, qu'on trouvait odieux,

Je cherchais le malheur qu'ont rencontré mes yeux;

Et malgré tous vos soins et votre adresse à feindre,

Mon astre* me disait ce que j'avais à craindre.

Mais ne présumez pas que, sans être vengé,

Je souffre le dépit de me voir outragé.

Je sais que sur les vœux on n'a point de puissance.

Que l'amour veut jiartout naître sans dépendance,

Oue jamais par la force on n'entra dans un co'ur.

Et que toute âme est libre à'' nommer son vainqueur.

Aussi ne trouverais-je aucun sujet de plainte.

Si pour moi votre bouche avait parlé sans feinte;

Et, rejetant mes vœux^ dès le premier abord.

Mon cœur n'aurait eu droit de s'en prendre qu'au sort.

Mais d'un aveu trompeur voir ma flamme applaudie,

C'est une trahison, c'(st uiie perfidie,

Page 1