ACTE IV, SCÈISE m
Oui lie saurait trom-er de trop grands châtiments, Et je puis tout permettre à mes ressentiments*. Oui, oui, redoutez tout après un tel outrage; Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage : iVrcé du coup mortel dont vous m'assassinez, Mes sens par la raison ne sont plus gouvernés, Je cède aux mouvements d'une juste colère, El je ne réponds pas de ce que je puis faire.
D'où vient donc, je vous prie, un tel emportement' Avt'Z-vous, dites-moi, perdu le jugement?
Oui, oui, je l'ai perdu, lorscjue dans votre vue* J'ai pris, pour mon malheur, le poison qui me tue, Et que j'ai cru trouver quelque sincérité Dans les traîtres appas dont je fus enchanté.
CÉLUIÈXE.
De quelle trahison pouvez-vous donc vous plaindre?
ALCESTE
Ah! que ce cœur est double ot sait bien l'art de feindre? Mais pour le mettre à bout', j'ai des moyens tous prêts: Jetez ici les yeux, et cuunaissez vos traits^;
1. fifsneiitiinents : beaucou[) de mois s'einployaienl au phiricl, dont le singulier est à peu près seul usité; on a vu au di'but do cette scène : vos déloijatiUn.
2. Dans voire vue peut vouloir diio : en vous voyant, ou plutôt dans vos yeux, vue ayant souvent ce sens dans la lanyue du xvii» siècle. et. Britaniiicus :
D'kii idjurd enchanteur connait-il le poison'*
(Acte H, se. II.) .". Pour le melire à bout : pour triompher de sa duplicité; mettre à bout n'aurait ])as aujoiu-d'hui ce sens. 4. l'os traits, votre écriture.
(le hillet di'couverl ' siillit pour vous confondre, Kl conlrc ce témoin on n'a rien à répondre.
CÉLI.MKNE.
Voilà donc le sujet qui vous trouble l'esprit?
ALCKSTE.
Vous ne rougissez pas en voyant cet écrit?
CKI.IHKNE.
Kl jtar quelle raison faut-il que j'en rougisse?
AI.CESTF,.
Quoi? vous joignez ici l'audace à l'artifice?
Le désavouerez-vous, pour n'avoir point de seing?
CÉLDIKNE.
Pourquoi désavouer un iiillct de ma main?
AI.CESÏE.
Kt vous pouvez le voir sans demeurer confuse Du crime dont vers moi^ son style vous accuse?
CELUI iiNE.
Vous êtes, sans mentir, un grand extravagant.
ALCESTE
Ouoi? vous bravez ainsi ce témoin convaincant?
Et ce qu'il m'a fait A^oir de douceur pour Oronte
N'a donc rien qui m'outrage, et qui vous fasse honte?
céi.!mî:ne.
Oronte! Qui vous di' que la lettre est pour lui?
AI.CESTE
Les gens qui dans mes mains l'ont remise aujourd'hui.
1. Ce billet découvert équivaut à : la découverte de ce billet. Sur cet enploi d'i participe passé, voyez p. 1 iO note i.