‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 379 sur 744 · ACTE V, SCE.NE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCE.NE I

Le poids de sa grimace', où brille l'artifice,

lienverse le bon droit, et tourne la justice-!

il fait par un arrêt couronner son forfait!

Kl non content encor du tort que l'on me fait',

Il court parmi le monde un livi-e altominable,

Et de qui la lecture est même condamnable,

lu livie à rnéiiter la derniV;re rifrueur,

lionl le fourbe a le fiont de me faire l'auteur'*?

Kt là-dessus, on voit Oronte i[u\ nnu'mure,

Va tàcbc méchamment d'appuyer'' l'imposture!

Lui, qui d'un honnête homme à la cour tient le rang,

A (|ui je n'ai rien fait qu'être sincère et franc.

Oui me vient, malgré moi, d'une ardeur emi«rcs5ée,

Sur des vers qu'il a faits demander ma pensée;

Et parce que j'en use avec honnêteté,

Et ne le veux trahir, lui ni la vérité,

1. Le poids de sa {/rimace : ceUe métaphore a été jiigécf vicieuse par iiL-aucoup (le coaiinenlateurs. Mais grimace, fréqueiniiient employé par Moiièie (notaniinent dans !e Tarluffe) comme synonyme A'hijpocrisie, peut se construire avec le mol poids, si l'on donne à celui-ci le sens abstrait dV/«/oc/7é. Nous avons déjà remarqué bien des fois que Molière a librement employé certaines locutions sans se préoccuper de leur valeur métaphorique, atténuée et comme émoussée par uu long' usage.

2. Tourne : fausse. M. Livet cite celte explication de Fureti(''re ; v-Toiirner signilie aussi gâter, coriompre la forme et la bonté ordiiaaire de quelque chose ».

ô. Génin voit dans non content une sorte d'adverbe équivalent de mmobstanl; nous y voyons plutôt une proposition indépendante, dont le sens est celui-ci : et comme s'il n'était pas -content de..., le fourbe, etc....

■i. « Les hypocrites, dit Grimarest [Vie de Molière, 170.o), avaient été t'Ilement irrités par le Tartuffe, que l'on fit courir dans Pari» un livi-e ' -nible que l'on mettait sur le compte de Molière, pour le perdre. • est à cette occasion qu'il mit dans le Misanthrope les vers suivants :

11 court parmi le monde un livie abominable.... »

Aucun autre témoignage n'a confirmé celui de Gi'imarest. ci. Appuyer : autoriser.

Il aide à m accabler d'un crime imaginaire!

Le voilà devenu mon plus grand adversaire!

Et jamais de son cœur je n'aurai de pardon,

l^our n'avoir pas trouvé que son sonnet fût bon!

Et les bommes, morbleu! sont faits de cette sorte!

C'est à ces actions que la gloire' les porte!

Voilà la bonne foi, le zèle vertueux,

La justice et l'honneur que l'on trouve chez eux!

Allons, c'est trop souffrir- les chagrins qu'on nous forge':

Tirons-nous de ce bois et de ce coupe-gorge.

Puisque entre humains ainsi vous vivez en vrais loups,

Traîtres, vous ne m'aurez de ma vie avec vous.

PHILINTF.

Je trouve un pou l)ion prompt le dessein où vous êtes.

Et tout le mal n'est pas si grand que vous le faites:

Ce que votre partie* ose vous imputer

y a point eu le crédit de vous faire arrêter;

On voit son faux rapport lui-même se détruire.

Et c'est une action qui pourrait bien lui nuire.

ALCESIE.

Lui? De semblables tours il ne craint point l'éclat; 11 a permission d'être franc scélérat; Et loin qu'à son crédit nuise cette aventure. On l'en verra demain en meilleure posture^.

rmi.iNTE.

Entui il est constant qu'on n'a point trop donné

!. Gloire : sur le sens de ce mot, voyez p. -i^O. note 3. 2. Souffrir : tolérer.

5. Forge: qu'on nous crée; forger ne s'emploierait ^nhre aujourd'hui que pour désigner des maux et des chagrins imaginaires, ■i. Votre adversaire.

o. Posture : situation. Cf. dans Corneille ;

.le suis auprt's de vous en furl bojine posture De passer pour un homme à donner tablature.

(Le tien leur, I, i.)

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