‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 409 sur 744 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Du grand coiiibal qui met nos ennemis à bas; Mais comment diantre le faire, Si je ne m'y trouvai pas?

"!<"importe, parlons-en et d'estoc et de taille,

Conîme oculaire témoin :

Com))ien de gens font-ils des récits de bataille Dont ils se sont tenus loin?

l'our jouer mon rôle sans peine.

Je le veux un peu repasser.

Voici la chambre où j'entre en courrier que l'on mène. Et cette lanterne est Alcmène, A qui je me dois adresser'.

ill pose sa lanterne à terre, et lui adresse son coinplirinnl.

(( Madame, Amphitryon, mon maître, et votre époux.... (Bon! beau début!) l'esprit toujours plein de vos charmes,

M'a voulu choisir entre tous, Pour vous donner avis du succès de ses armes, Et du désir qu'il a de se voir près de vous. »

(( Ha ! vvaimenl, mon pauvre Sosie, A te lei'oir j'ai de la joie au cœur. »

(( Madame, ce m'est trop d'honneiu',

Et mon destin doit faire envie. »

(Bien répondu!) (( Comment se porte Amphilrijon? »>

« Madame, en homme de courage, Dans les occasions où la gloire l'engage. »

(Fort bien! belle conception !) « Quand viendra-i-il, par son refour charmant,

Rendre mon âme satisfaite? »

Le plus tôt qu'il pourra, Madame, assurément.

Mais bien plus tard que son cœur ne souhaite. »

1. On a rapproché de celte scène (in |)a5sago des Facclieuses Niiils de Straparole, où un vacher, ayant à faire à son maitre un aveu difficile, imagine, pour se préparer ,i cette épreuve ot s'enhardir, d'affubler de hardes une branclie d'arbre et de lui adresser le discours destiné à son rtaitre.

492 AMI'HITliVON

(Ahl) « Mais quel est l'état où la guerre Va mis? Que dit-il? que fait-il? Cunlenle un peu mon mue. »

(( Il dit iiKiiiis (lu'i! ne l'ail, Maflaine,

Et fait tionibler los ennemis. »

(Pesie! où prend mon esprit toutes ces gentillesses?) ({ Que font les révoltés? dis-moi, quel est leur sort? (( lis n'ont pu résister, Madame, à notre ellort :

Nous les avons taillés en pièces.

Mis Ptérélas leur chef à mort.

Pris Télèbe d'assaut, et déjà dans le port

Tout retentit de nos prouesses. »

(( Ah! quel succès ! ô Dieux ! Qui Veut pu jamais croire? Raconte-moi, Sosie, un tel événement. »

« Je le veux Jtien, Madame: et, sans m'enller de gloire,

Du détail de cette victoire

Je puis pailer très savamment.

Figurez-vous donc que Télébe, Madame, est de ce côté :

(Il marque les lieux sur sa main, ou à terre.)

C'est une ville, en vérité.

Aussi grande quasi que Thèbe.

La rivière est conune là.

Ici nos gens se campèrent;

Et l'espace que voilà,

iNos ennemis l'occupèrent :

Sur un haut, vers cet endroit,

Etait leur infanterie,

Et plus bas, du côté droit.

Était la cavalerie.

Iprès avoir aux Dieux adressé les prières, fous les ordres donnés, on donne le signal. Los ennemis, pensant nous tailler des croupières S Firent trois pelotons de leurs gens à cheval;

1. TailkT des croiipicrcs est devenu synonyme de battre ; original-

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