SCÈNE IV MAGDELON, CATIIOS, GORGIBUS
GORGiBus. — Il est bien nécessaire vraiment de faire ^ant de dépense pour vous graisser le museau. Diles-nioi un peu ce que vous avez fait à ces Messieurs, que je les vois sortir avec tant de froideur? Vous avais-je pas commandé de les recevoir comme des personnes que je voulais vous donner pour maris?
MAGDELON. — Et quclle estime, mon père, voulez-vous que nous fassions du procédé irrégulier de ces gens-là?
cATHos. — Le moyen, mon oncle, qu'une lille un peu raisonnable se pût accommoder de leur personne?
GORGIBUS. — Et qu'y trouvez-vous à redire ?
WAGDELON. — La bcllc galanterie que la leur! Quoi? débuter d'abord par le mariage !
GORGIBUS. — Et par où veux-tu donc qu'ils débutent? N'est-ce pas un procédé dont vous avez sujet de vous louer toutes deux aussi bien que moi? Est-il rien de plus obligeant que cela? Et ce lien sacré où ils aspirent n'est-il pas un témoignage de l'honnêteté de leurs intentions ?
MAGDELON. — Ah ! 111011 pèrc, ce que vous dites là est du dernier bourgeois". Cela me fait honte de vous ouïr par-
1. Si nous en croyons certains contemporains de Molière, le lard et les pieds de mouton tenaient une grande place dans la préparation des ingrédients auxquels recourait la coquetterie des femmes ; Scarron en donne cette énumération :
Blanc, perles, coques d'œuf, larrl et pieds de motiton, Baume, lait virginal et cent mille autres drogues.
[L'Héritier ridicule, acte I, se. i.)
2. Du dernier bourgeois : cette locution, créée par les précieuses, a