‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 439 sur 744 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

HARPAGos. — Attenc!>5. Ne m'omportes-tu rien?

LA FLÈcuE, — Que VOUS eiiipoitcrais-je ?

iiAUPAGON. — Viens çà que je voie. Montre-moi tes maina

LA FLÈCHE. LcS VOilà.

HARPAGON. — Les aulres.

LA FLÈCHE. — Les aulres ?

HARPAGON. — Oui.

LA FLÈCHE. — Les voiià*.

HARPAGON. — N'as-tu rien mis ici dedans-?

LA FLÈCHE. — Vojez Yous-même.

HARPAGON. (Il tdie le basdesesciiaiisses.) — Ces grands hautsde-chausses sont propres à devenir les receleurs des choses qu'on dérobe ; et je voudrais qu'on en eût lait pendre quel(|u'un '.

LA FLÈCHE. — Ail 1 qu'uu liomuie comme cola mériterait, bien ce qu'il craint ! et «pie j'aurais de joie à le voler !

HARPAGON. Euh !

L\ FLÈCHE. — Quoi ?

HARPAGON. — Qu'est-ce que tu parles de voler ?

1. Les voilà : Fénelon a très injustement critiqué ce passage dans sa Lettre à l'Académie, chap. VII, où il dit : « Malgré l'e.xemple de Plaute, où nous lisons : cedo tertiam, je soutiens contre Molière qu'un avare qui n'est point fou ne va jamais jusqu'à vouloir regarder dans la troisième main de l'homme qu'il soupçonne de l'avoir volé ». Molière, en effet, ne demande pas à voir la troisième, mais les autres, et qui ne voit que ce teiiue plus général atténue sa sottise et rend son étourderie plus vraisemblable? Du reste ne reprochons pas à Molière d'avoir risqué ici une plaisanterie un peu grosse : c'est la première qui puisse nous faire rire depuis le début d'une pièce qui s'annonçait comme un drame assez sombre.

2. Ici dedans : il montre les hauts-de-chausses de La Flèehe. Chez Plaute il s'agit du manteau (pallinm) et do la tunique.

3. L'expression présente ici une am|)liibologie volontairement comique. Harpagon veut dire qu'on eût dû faire pendre quelqu'un de ces voleurs qui cachent leurs larcins dans leurs hauts-de-chausses. Grammaticalement la phrase signifie qu'on aurait du pendre un haut-dechausses, ou bien si l'on donne à en le sens de poiir cela, qu'on aurait dû condamner quelqu'un à la potence jwur avoir porté un vêtement si commode pour les voleurs-

i-A FLÈCHE. — Je dis que vous fouillez bien partout, pour voir si je vous ai volé.

uAi'.MGON. • — C'est ce que je veux faire,

(Il fouille dans les poches de La Fleciie.)

LA FLÈCHE. — La postc soit de l'avarice et des avaricieux!

HARPAGON. — Conanent ? que dis-tu?

LA FLÈCHE. — Ce quB je dis?

HAP.PAGON. — Oui: qu'esl-ce que tu dis d'avarice et d'avaricieux ?

LA FLÈCHE. — Je dis que la peste soit de l'avarice et des avaricieux.

HARPAGON. — De qui veux-tu parler?

LA FLÈCHE. — Dos avaricicux.

HAUPAGos. — Et qui sont-ils ces avaricieux?

LA FLÈCHE. — Des vilains et des ladres.

HARPAGON. — Mais qui est-ce que tu entends par là?

LA FLÈCHE. — Dc quoi vous mettez-vous en peine?

HARPAGON. — Je me mets en peine de ce qu'il faut.

LA FLÈCHE. — Est-ce que vous croyez que je veux parler de vous ?

HARPAGON. — Je crois ce que je crois ; mais je veux* que. tu me dises à qui tu parles quand tu dis cela.

LA ihhcuE. — Je parle... je parle à mon bonnet.

HARPAGON. -- Et moi, je.pourr»is bien parler à ta baiTette '.

LA FLÈCHE. — M'cmpècherez-vousde maudirc les avari-' cieux?

HARPAGON. — Non; mais je t'empêcherai de jastr,. et d'être insolent. Tais-toi.

LA FLÈCHE. — Je ne nomme personne.

HARPAGON.— Je te rosserai, si tu parles.

LA FLÈottE. — Oui se sent morveux, qu'il se mouche.

1. La bttrretie était une sorte de èw'e/ analogue au bonnet-qui sertde coilTure à Scapin sur nos théâtres. La barrette était portée par les VAqyiltis. -Parler à la barrette de quelqu'un, c'était lui parler sur un ton menaçant, et même porter la main à sa coillure pour la lui arracher.

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