ACTE I. SCÈNE V. 5Î
HARPAGON. — Sans dot.
vAi.KRE. — Vous ave/ raison : voilà qui rlôcido fout, cola s'entend. Il y a des gens qni pourraient vons dire qu'on de telles occasions l'inclination d'une tille est une chose sans doute où l'on doit avoir de l'égard ; et que cette grande inégalité d'âge, d'humeur et de sentiments, rend un mariage sujet à des accidents très fâcheux.
HARPAGON. — Sans dot.
vAii.r.F.. — Ah ! il n'y a pas de réplicjue à cela : on le sait hien; qui diantre peut aller là contre? (e n'est pas qu'il n'y ait quantité de pères qui aimeraient mieux ménager la satisfaction de leurs tilles que l'argent cpi'ils pourraient donner; qui ne les voudraient point sacrilicr à rintérèt, et chercheraient plus que toute autre chose à Hioltre dans un mariage cette douce conformité qui sans cesse y niainliont l'honneur, la IraïKinillité et la joie, et que....
HAïu'Ac.oN. — Sans dot'.
vAii.itF.. — Il est vrai : cela forme la bouche à tout, sans (lot. Le moven de résister à une raison comme cellelà?
uAiiPArioN. Il rejïïirdo VOIS lo jnrdin. — Ouais ! Il me semlile que j'entends un chien ijui ahoie. M'ost-ce point qu'on en voudrait à mon argent ? Ne bougez, je re\ions tout à l'heure?
1. Snns (loi : Augoi- fait remarquer que ce mot ci^èbre a pu être -iiutréré à Molière par la réponse que le lionlioiume Euclion fait à'Mé- ^ii'lore, qui vient lui demander la main de sa fille. A trois reprises il ha dit, mais chaque fois dans des termes différents, que sa (illc n'a pas ilf dot. Et cette réponse d'Euclion, ((ui n'a d'autre liut que de faire I mire à Mégadore qu'il est toujours pauvre, est loin do présenter l'inté- !'t dramatique du mot d'Harpagon, sans dot, sorte de lefrain obstiné, mi se résume tout l'égoïsme féroce de son avarice. (Cf. A7ilii!ar>a,U, ii.)
2. Comparez dans La Fontaine les alarmes perpétuelles du savetier em'ichi :
Tout le jour il avait 1 œil un guet; et la nuit,
lÎLisE. — Vous iiioquez-voiis, Valèrc, de lui parler comme vous faites ?
vAi.ti!!;. — (l'esî pour uc poiut l'aigrir, et pour eu veuir mieux à bout. Ileurtci' de Irout ses senlimeuls est le moyeu de tout gâter; et il y a de certains esprits qu'il ne faut prendre qu'en biaisant, des tempéraments ennemis de toute résistance, des naturels rétifs, que la vérité fait cabrer, qui toujours se raidissent contre le droit chemin de la raison, et qu'on ne mène qu'en tournant' où Fou veut les conduire. Faites seudjlant de consentir à ce qu'il veuf, vous en viendrez mieux à vos tins, et....
ÉLISE. — Mais ce mariage, Valère ?
vALiir.E. — ■ On cherchera des biais pour le rompre.
ÉLISE. — Mais quelle invention trouver, s'il se doit conclure ce soir?
VALÈRE. — il faut demander un délai, et feindre quelque maladie.
ÉLISE. — Mais on découvrira la feinte, si l'on appelle des médecins.
VALÈRE. — Vous moquez-vous ? Y connaissent-ils quelque chose ! Alkïz, allez, vous pourrez avec eux avoir quel mal il vous plaira-, ils vous trouveront des raisons pour vous dire d'où cela vient.
HARPAGON. — ('c uest rieu. Dieu merci.
VALÈRE. — Enfin notre dernier recours, c'est que la fuite nous peut mettre à couvert de tout; et si votre amour, belie Élise, est capable d'une fermeté.... (il aperçoit Karpaffon.) Oui. il faut qu'une tille obéisse à son père. 11 ne faut point qu'elle regarde comme un mari est fait; et lorsque la
Si quelque chat faisait du bruit.
Le chat prenait l'argent.
(Livre Vlli, fable 2.)