ACTE 11. SCE:sE V
n'y a fpio ma fluxion', qui me prend de temps en temps.
ii'.iiviM;. — Ola n'est rien. Votre fluxion ne vous sied point mal, et vous avez grâce à tousser.
iiAKPAr.o.N. — Dis-moi un peu : Mariane ne m'a-t-eiie point encore vu? ?J'a-t-elle point pris garde à moi en passant.
ii'.osiNE. — Non ; mais nous nous sommes l'ort enfrelenues de vous, ,1e lui ai lait un portrait de votre persoime; et je n'ai pas manqué de lui vanter votre mérite, et l'avantage -que ce lui serait d'avoir un mari comme vous.
HARPAGON. — Tu as l)ien fait, et je t'en remercie.
ir.osiNF.. — J'aurais, Monsieur, ime petite jirière à vous faire, (il preml un air st-vère.) J'ai un procès que je suis sur le point de perdre, faute d'un peu d'argent; et vous pourriez facilement me procin-er le gain de ce procès, si vous aviez quelque honte pour moi. (il reprend un airg-ai.) Vous ne sauriez croire le plaisir qu'elle aura de vous voir. Ah! que vous lui plairez ! et que votre fraise à l'antique- fera sur son esprit un effet admiraldel Mais surtout elle sera charmée de votre hant-de-chausses, attaché au pourpoint avec des aiguillettes^: c'est pour* la rendre folle de vous; et un amant aiûuilleté sera pour elle nu ragoût^ merveilleux.
nARPAr.oN. — Certes, tu me ravis de me dire cela.
FROSiNE. — (Il roprenil son vi>agc sévi-re.) Kn vérité, )lonsieur, ce procès m'esl d'une conséquence tout à fait grande. Je suis ruinée, si je le jicrds; et quelque petite assistance me rétablirait mes affaires, (il reprend un air pai.) Je voudrais que vous eussiez vu le ravissement on elle était à m'entendre parler de vous. La joie éclatait dans ses yeux, au
1. Allusion à la maladie de poitrine dont souflfrait Molicro di's cittc époque, et ciiii proYoi|nait une toux fréquente.
2. Fvfiise à l'antique : la fraise, sorte de collerette de toile plate pl'is ou moins large ou tuyautée, selon les caprices de la mode, ne se portait plus en France depuis longtemps.
?. Voyez plus haut. p. 539, note 1.
4. Cola est de nature à la rendre folle. o. Voyez page ô63, note i.
rocit de vos qualités; et je l'ai mise enfin dans une impatience extrême de voir ce mariage entièrement conclu.
uAitPAfiON. — Tu m'as fait grand plaisir, Frosinc; et je t'en ai, je te l'avoue, toutes les obligations du monde.
FRosiNE. — (Il reprend son sérieux.) Je VOUS prie, Monsieur, de me donner le petit secours que je vous demande. Cela me remettra sur j)ied, et je vous en serai éternellement obligée.
H.\KP.\GO.\. — Adieu. Je vais achever mes dépèches.
I liosiNE. — Je vous assure. Monsieur, (jue vous ne sauriez jamais me soulager dans un plus gi'and besoin.
uAi'.p.v(;oN. — Je mettrai ordre que mon carrosse soit tout prêt pour vous mener à la foire.
Fuosi.NE. — Je ne vous importunerais pas, si je ne m'y voyais forcée par la nécessité.
uAKi'AGox. — Et j'aurai soin qu'on soupe de bonne heure, pour ne vous point faire nmlades».
ruosiNE. — IS'e me refusez pas la grâce dont je vous sullicite. Vous ne sauriez croire, Monsieur, le })laisir (jue....
iiARPAGo.x. — Je m'en vais. Voilà qu'on m'appelle. Jusqu'à tantôt.
FKosiNE, seule. — Que la lièvre te serre, chien de vilain à tous les diables! Le ladre a été ferme à toutes mes atta- ({ues; mais il ne me faut ])as pourtant quitter la négociation; et j'ai l'autre côté, en tout cas, d'où je suis assurée de tirer bonne récompense.