ACTE III. SCÈNE I. o
je vous recommande surtout de régaler d'un hnn visage* cette personne-là, et de lui faire enfin tout le meilleur accueil qu'il vous sera possilile.
CLKAXTE. — Avons dirc le vrai, mon père, je ne puis pas vous promettre d'être bien aise qu'elle devienne ma l)ellemère : je mentirais, si je vous le disais; mais pour ce qui est de la bien recevoir, et de lui faire bon visage, je vous promets de vous obéir ponctuellement siu^ ce chapitre.
iiAïu'AGON. — Prenez-y garde au moins.
ciKANTE. — Vous verrez que vous n'aurez pas sujet de vous en plaindre.
HARPAGON. — Vous ferez sagement. Valére, aiiie-moi à ceci. Ilo çà, maître Jac(]ues, approchez-vous, je vous ai gardé pour le dernier.
MAÎTRE JACQUES. — Est-ce à volro cocher. Monsieur, ou bien à votre cuisinier, que \ ous voulez parler? car je suis l'un et l'autre.
HARPAGON. — r/est à tous Ics dcux.
MAÎTRE jACQL'Es. — Mais à qui des deux le premier?
HARPAGON. — Au cuisinicr.
MAÎTRE jACQCEs. — Alteudez donc, s'il vous plaît.
(Il ôte <a casaque de cocher, et parait vêtu en cuisinier.)
HARPAGON. — Quelle diantre de cérémonie est-ce là?
MAÎTRE JACQUES. — Vous u'avcz qu'à parler.
HARPAGON. — Je me suis engagé, maître Jacques, à donner ce soir à souper.
MAÎTRE JACQUES. — Grande merveille!
HARPAGON. — Dis-moi un peu, nous feras-tu bonne chère?
MAÎTRE JACQUES. — Ouî, si VOUS mc douucz bien de l'argeu .
1. Réi!<der dhm bon cîsitj/c, faire t>on accueil à.... Horace, dans l'École flfs Femmes, a ét»t moins bien reçu par Ag'nès :
... un ^rès de taille non petite.
Dont on a par ses mains régalé ma visite.
(.A.cte m, se. IV.)
57y L'AVARE.
HARPAGON. — Que dial)le, toujours de l'argent! Il semble qu'ils u'aient autre chose à dire : « De l'argent, de l'argent, de l'argent. » Ah! ils n'ont que ce mot à la bouche : « De l'argent. » Toujours parler d'argent. Voilà leur épée de chevet', de l'argent.
VAI.ÈRE. — Je n'ai jamais vu de réponse plus impertinente que celle-là. Voilà une belle merveille que de l'aire bonne chère avec bien de Targent : c'estcune chose la plus aisée du monde, et il n'y a si pauvre esprit qui n'en fît bien autant; mais pour agir en habile homme, il faut parler de faire bonne chère avec peu d'argent.
MAÎTRE JACQUES. — Bonue chère avec peu d'argent I
vALÈRE. — Oui.
MAÎTRE JACQLES. — Par ma foi, Monsieur l'intendant, vous nous obligerez de nous faire voir ce secret, et de prendre mon oflice de cuisinier : aussi bien vous mèlez-vous céans d'être le factoton-.
HARPAGON. — • Taisez-vous. Qu'est-ce qu'il nous faudra?
MAÎTRE JACQUES. — Voîlà Mousleur votre intendant, qui vous fera bonne chère pour peu d'argent.
uARPAGON. — Haye! je veux que tu me répondes.
MAÎTRE JACQUES. — Combieu serez-vous de gens à table?
HARPAGON. — Nous scrous huit ou dix; mais il ne faut prendre que huit : quand il y a à manger jtour huit, il y en a bien pour dix.
vALiiRE. — delà s'entend.
MAÎTRE JACQUES. — lié bien! il faudra quatre grands potages, et cinq assiettes^. Potages.... Entrées....
1. Eix-e de chevet, le moyen auquel ils ont sans cesse recours et qu'ils veulent toujours avoir sous la main, comme l'épée qu'on mettait 1.1 nuit à son chevet pour l'avoir toujours à sa portée.
•2. Fncioion, fuciolum : ce mot a été sans doute orthographié pai Mûli'Te conformément à la prononciation de son temps.
">. L'édition de 1684 contient ici une énumération de potages et d'entrées, duc sans doute à l'imagination d'un acteur et que la tradition avait maintenue contre toute vraisemblance. Car il est bien difticile