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ACTE III, SCÈ^"E I

HARPAGON. — Que diable ! voilà pour traiter toute une :^ ville entière.

f MAÎTRE JACQIES. Rôt •

; HARPAGON, en lui mettant la main sur la bouche. — Ah ! traître, tu manges tout mon bien.

MAÎir.E JACQUES. — Entremets....

HARPAGON. — Encore?

VAI.ÈRE. — Est-ce que vous avez envie de faire crever

tout le monde? et Monsieur a-t-il invité des gens pour les

■ assassiner à force de mangeaille? Allez-vous-en lire un peu

los préceptes de la santé, et demander aux médecins s'il

y a rien de plus préjudiciable à l'honuiie que de manger

f avec excès.

HAfiPAGON. — Il a raison.

vALÈitE. — Apprenez, maître Jacques, vous et vos pareils, que c'est un coupe-gorge qu'une table remplie de trop de viandes-; que pour se bien montrer ami de ceux que l'on invite, il faut que la frugalité règne dans les repas qu'on donne; et que, suivant le dire d'un ancien, il faut mamjer pour vivre, et non pas vivre pour manaer^.

HARPAGON. — Ah! que cela est bien dit! Approche, que je t'embrasse pour ce mot. Voilà la plus belle sentence que j'aie entendue de ma vie. // faut vivre pour mamjer, et non

d'admetlre qu'Harpagon n'interrompe pas Maitn; Jacques aux premiers

mots de cette litanie n:astronomiquc. La voici : « Eli bien, il faudra . quatre grands potages, bien garnis, et cinq assiettes d'entrées : potage ; bisques ; potage de perdrix aux choux verts ; potage de santé ; potage do !■ canards aux navets; entrées : fricassée de poulets, tourte de pigeon- 5 neaux, ris de veau, boudin blanc et morilles. ' l.VAn. — Rôt dans un grandissime bassin en pyramide, une grande

longe de veau de l'ivière, trois faisans, trois poulardes grasses, douze

; pigeons de volière, douze poulets do grain, six lapereaux de garenne,

: douze perdreaux, deux douzaines de cailles, trois douzaines d'ortolans.

2. Viandes, dans son vieux sens étymologique de mets, alimenls en

général (du bas latin vivendà).

5. Cet axiome d'hygiène se lit dans la Rh<Hori(jue à Hcrenniiix, àc

Gcéron (livre IV, cliap. xxviii) : Esse uportel ut vivas, non viver-e ut edas.

/M*' manqer pour v'i.... Non, ce n'est pas cela. Comment Ciil-ce que tu dis ?

vALÈiiE. — Ou'// l'uni manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.

iiAHPAGON. — Oui. Knlends-lu? Oui est le grand homme qui a dit cela?

vALÈr.E. — Je ne me souviens i)as maintenant de son nom.

HARPAGON. — Souviens-loi de m'(k'nre ces mots : jo les veux taire graver on lettres d'or sur la cheminée de ma salle.

vALÈRE. — .îe n'y manquerai pas. Et pour votre soupe, vous n'avez qu'à me laisser faire : je réglerai tout cela comme il l'aul.

UAP.PAGOM. — Fais donc.

MAÎTP.E JACijuBs. — Tant micux: j'en aurai moins de peine.

HARPAGON. — 11 faudra ido ces choses dont on ne mange guère, et qui- rassasient d'abord : ({ueUiue bon haricot ' bien gras, avec quoique pâté en pot bien garni de marrons.

vALÈuE. — Reposez-vous sur moi.

HARPAGON. — Maintenant, maître Jacques, il faut nettoyer mon carrosse.

MAÎTRE JACQUES. — Atleudoz. Ccci s'adresse au cocher.

(11 remet sa casaque.) Vous dites....

HARPAGON. — Ou'il faut uettover mon carrosse, et tenir mes chevaux tous prêts pour conduire à la foire....

MAÎTRE JACQUES. — Vos chevaux, Monsieur? Ma foi, ils ne sont point du tout en état de marcher. Je ne vous dirai point qu'ils sont sur la litière, les pauvres bêtes n'en ont point, et ce serait fort mal [larler; mais vous leur faites observer des jeûnes si austères, que ce ne sont plus rien

1. Ilriricot, liaricot Je mouton, lagoiU laiL avec du mouton coupé en morceaux, etc.

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