‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 480 sur 744 · ACTE III. SCÈNE YII · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE YII

place (le mon père, et je vous avoue que je n'ai rien vu dans le monde de si charmant que vous ; que je ne conçois rien d'égal au bonheur de vous i)hure, et que le titre do voire époux est une gloire, une l'élicilé (pie je iiréférerais. aux destinées des plus grands princes de la terre. Oui, Madame, le bonheur de vous posséder est à mes regards la plus belle de toutes les fortunes; c'est où J'attache toute mon ambition ; il n'y a rien que je ne sois capable de l'aire pour une conquête si précieuse, et les obstacles les plus puissants

iiAKi'AGox. — Doucement, mon fils, s'il vous plaît.

ci.iÎA.MK. — C'est un compliment que je fais pour vous à Madame.

uAHi'AtioN. — Mon Dieu! j'ai une langue; ponr m'cxpliquer moi-même, et je n'ai pas besoin d'un procureur' connue vous. Allons, donnez des sièges.

rnosiNE. — Non; il vaut mieux que de ce pas nous allions à la foire, afin d'en revenir plus tôt, et d'avoir tout le temps ensuite de vous entretenir.

iiAKi'AcoN. — Qu'on mette donc hîs chevaux au carrosse. Je vous prie de m'excuser, ma belle, si je n'ai pas songé à vous donner un peu de collation avant que de partir.

ci-ÉANTE. — J'y ai potn-vu, mon père, et j'ai fait a|)porler ici quelques bassins d'oranges de la Chine, de citrons doux et de confit in-es, que j'ai envoyé quérir de votre i)ail.

UAUPAGON, lias. ;i Valèro. — Valère !

VA[.f:RE, ;. Harpagon. — U a perdu le sens.

CLÉANTE. — Est-ce que vous trouvez, mon père, que ce ne soit pas assez? Madame aura la bonté d'excuser cela, s'il lui plaît.

1. Procureur, celui qui a pouvoir d'agir pour un autre et en son nom. Cf. La Fontaine :

Que si quelque aflaire t'importe, iNe la fais^^nt par procureur.

(Fables, \I Z.)

58 i LAVA HE.

MARiANE. — CVst une rhoso (lui n'était pas nécessniro.

CLiÎANTE. — Avez-vons jamais vu, Madame, un diamant plus vif (pic cciiii qne vous voyez que* mon père a au doigt?

MARIANE. — Il ('s( vrai qu'il brille beaucoup.

cr.ÉANTE. (I! l'iHe <lii doigt de son père, et le donne à Mari;ine.) —

Il faut que vous le voyiez de près.

mariam:. — 11 est fort beau sans doute, et jette quantité de feux.

CLÉA.NTE. (Il se met au-devant do Maiiane, qui le veut rendre.) —

Nenni, Madame : il est en de trop belles mains. C'est un présent que mon père vous a fait.

HARPAGON. Moi?

CLÉANTE. — N'est-il pas vrai, mon père, que vous voidez que Madame le garde [toiu" l'amoin^ de vous?

HARPAGON, à part, à son fils. — Comment ?

CLÉANTE. — Belle demande. 11 me fait signe de vous le faire accepter.

MARIANE. — Je n'en veux point

CLÉANTE. — Vous uioqucz-vous ? 11 n'a garde de le reprendre.

HARPAGON, à part. — J'enrage !

MARIANE. — Ce serait

CLÉANTE, en empêchant toujours Mariane de rendre la bague. — Non, vous dis-je, c'est l'otTenser.

iMARiANE. — De grâce....

CLÉANTE. — Point du tout.

HARPAGON, à P'T't- — PcstC Soit

CLÉANTE. — Le voilà qui se scandalise de votre refus.

HARp.iGON, bas. à son fils. — Ah, traître !

CLÉANTE. — Vous voycz qu'il se désespère.

HARPAGON, bas à son fils, en le menaçant. — Bourreau que

lu es !

1. Que vous ooi/Pi que : sur cette tournure, voyez p. 141, note 2.

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