ACTE ÎV, SCÈNE 111. 5"J
garde do me commettre'. Si tu avais senti quelque iiiclinalion pour elle, à la bonne heure : je te l'aurais l'ait épouser, au lieu de moi ; mais cela n'étant pas, je suivrai mon premier dessein, et je l'épouserai moi-même
CLÉ.VNTE. — Hé bien ! mon père, puisque les choses sont ainsi, il faut vous découvrir mon cœur, il faut vous révéler notre secret. La vérité est que je l'aime, depuis un jour que je la vis dans une promenade ; que mon dessein était tantôt de vous la demander poui' fenuue; et que rien ne m'a retenu que la déclaration de vos sentimenls, et la crainte de vous déplaire.
UAUPAGON. — Lui avez-vous rendu visite?
ci.K.vNTE. — Oui, mon pire.
UARPAiioN. — Beaucoup de l'ois ?
CLÉANTE. — .4ssez, pour le temps (pi'il y a.
UAni'AGox. — Vous a-t-on bien reçu'.'
CLÉAME. — Fort bien, mais sans savoir (pii j'étais; et c'est ce qui a lait tantôt la surprise de Mariaiie.
HARPAGON. — Lui avcz-vous déclaré votre jiassion, et le dessein où vous étiez de l'épouser'.'
CLÉANTE. — Sans doute; et même j'en avais lait à sa mère quelque peu d'ouverture.
HARPAGON. — .\-t-elle écouté, pour sa tille, votre proposition'?
CLÉANTE. — Oui, l'()rl civilement.
HARPAGON. — Et la lille correspond-elle- fort à volie amour'?
CLÉANTE. — Si j'en dois croire les apparences, je me persuade, mon père, qu'elle a quelque bonté pour moi.
HARPAGON. — Je suis bieu aise d'avoir appris un tel se-
I. Des conséquences fAcheuses auxquelles je me garderai bien de mexposer.
-.'. Cf. Dans Gconic Dandin (I, m). « Quoi! écouler impudemment 1 imourd'un damoiseau, et y prometti'e en même temps de la corrcsji'iiidaiice\ V
crct; et voilà justement ce rpic je demandais». Oh sus! mon fils, savez-vous ce qu'il y a? c'est qu'il faut songer, s'il vous plaît, à vous défaire de voire amour; à cesser ((tulcs vos j)oursuites auprès d'une personne que je prétends pour moi"-; et à vous marier dans peu avec celle (]u'on vous destine.
CLÉANTE. — Oui, mon père, c'est ainsi que vous me jouez ! Hé bien! puisque les choses en sont venues là, je vous déclare, moi, que je ne quitterai point la passion que j'ai pour Mariane, qu'il n'y a point d'extrémité où je ne m'abandonne pour vous disputer sa conquête, et que si vous avez pour vous le consentement d'une mère, j'aurai d'autres secours peut-être qui combattront pour moi.
HARPAGON. — Comment, pendard? tu as l'audace d'aller sur mes brisées"'.'
CLÉANTE. — C'est vous qui allez sur les miennes; et je suis le premier en date.
HAiiPAGON. — Ne suis-je pas ton père? et ne me dois-tu pas respect?
CLÉANTE. — Ce ne sont point ici des choses où les enfants soient obligés de déférer aux pères; et l'amour ne connaît persomic.
HARPAGON. — Je te ferai bien me connaître, avec de bons coups de bâton.
CLÉANTE. — Toutes VOS mcuaces ne feront rien.
HARPAGON. — Tu reuouceras à Mariane.
CLÉANTE. — Point du tout.
HARPAGON. — Doimez-moi ini bâton tout à l'heure.
1. Même situation dans la se. v de l'acte III du Mithridnte de Racine.
2. Sur l'emploi de prélcin/rc coimiie veri)e actif, voyez p. t)ô, note 1.
3. Sur mes hrisces : sur cette locution, voyez j). lio, noie 7.