‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 489 sur 744 · ACTE IV, SCKNE lY · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCKNE lY

SCKNE IV

MAITfiE JACOI E^, II.MîPAr.ON, C.LÉANTE.

MAÎTHE jAcniEs. — Eli, t'ii, cli, Messieui's, qu'est-ce ci? ii cjuoi ?ongez-vous?

CLÉANTE. — Je me moque de cela.

MAifKE jACQLEs. — Ah! Moiisieur, doucement.

HARPAGON. — Me parler avec cette inqui<!ence.

MAÎTRE JACQUES. — Ah! MoMsieui*, de grâce.

CLÉANTE. — Je n'en démordrai point.

MAÎTRE JAcycEs. — Hé qudi? à votre père?

UARi'AGON. — Laisse-moi l'aire.

MAÎTRE JACQLES. — Hé quoi? A votre lils? Encore passe pour moi.

HARPAGON. — Je te veux faire toi-même, maître Jacques, juge de cette afCaire. pour montrer comme j'ai raison.

MAÎTRE JACQUES. — J'v couseiis. Éloignez-vous un peu.

HARPAGON. — J'aime une tille, que je veux épouser ; et le j)endard a l'insolence de l'aimei' avec moi, et d'y prétendre malgré mes ordres.

MAÎTRE JACQUES. — Ah! il a tort.

HARPAGON. — N'est-ce pas une chose épouvantahle. (pi'iui Dis qui veut entrer en concurience avec son père? et ne doit-il pas, par respect, s'abstenir de toucher à mes inclinations ?

MAÎTRE JACQUES. — Vous avez raisoH. Laissez-moi lui parler, et demeurez là.

(Il vient trouver Cli'ante à l'autre bout du tlu'àtre.)

CLÉANTE. — Hé bien! oui, ])uis(|u'il veut te choisir pour juge, je n'y recule point ' ; il ne m'importe qui ce

1. Je ne recule point devant cette décision, je m'y soumets :

Dès demain? — Par pudeur tu feins d'y reculer.

{L'École des maris, II, xv.

o96 L'AVARE

soit'; et je veux bien aussi me rapporter à toi, maître Jacques, de notre différend.

MAÎTRE JACQUES. — C'est boaucoup d'honneur que vous me laites.

CLÉANTE. — Je suis éprls d'inie jeune personne qui répond à mes vœux, et reçoit tendrement les oflres de ma foi; et mon père s'avise de venir troubler notre amour par la demande qu'il en fait faire.

MAiTftE JACQUES. — 11 3 tort assurément.

CLÉANTE. — N'a-t-il point de honte, à son âge, de songer à se marier? lui sied-il bien d'être encore amoureux? et ne devrait-il pas laisser cette occupation aux jeunes gens?

MAITRE JACQUES. — Vous avez raisou, il se moque. Laissezmoi lui dire deux mots. (U revienià Harpagon.) lié bien! votre fds n'est pas si étrange que vous le dites, et il se met à la raison, il dit qu'il sait le respect qu'il vous doit, qu'il ne s'est emporté que dans la première chaleur, et qu'il ne fera point refus de se soumettre à ce qu'il vous plaira, pourvu que vous vouliez le traiter mieux que vous ne faites, et lui donner quelque personne en mariage dont il ait lieu d'être content.

UAUVAGON. — Ah! dis-lui, maître Jacques, qne moyennant cela, il pourra espérer toutes choses de moi ; et que, hors Mariane, je lui laisse la liberté de choisir celle qu'il voudra.

MAÎTRE JACQUES. 11 va au fils. — Laîssez-moi faire. Hé bien! votre père n'est pas si déraisonnable que vous le faites; et il m'a témoigné que ce sont vos emportements qui l'ont mis en colère; qu'il n'en veut seulement qu'à ^ votre

1. Littré cite une phrase de Montesquieu qui présente la même construction : « // ne lui importait quelles mœurs eussent ces peuples ». {Esprit des lois, liv. X, c. xiv.)

2. JVe scnlement que : on trouve de fréquents exemples de ce pléonasme. Cf. Mme de Sévigné : « il ne faudi'a seulement que changer de ton i>.

Page 1