ACTE IV. SCENE Y
manière d'agir, ef qu'il sera fort disposé à vous accorder ce que vous souhailez, pourvu que vous vouliez vous y prendre par la douceur, et lui rendre les déférences, les \ respects, et les soumissions (pi'un lils doit à son père. CLÉANTE. — Ah ! maître .l;u(]ues, tu lui peux assurer que, s'il m'accorde Mariane, il me verra toujours le plus soumis de tous les honnues ; et que jamais je ne ferai aucune chose que ]tar ses volontés.
MAÎTKE JACQUES. — Cchi csl lait. Il consent à ce que vous dites.
HARPAGON. — Voilà ([ui va le mieux du momie. MvÎTRE JACQUES. — Tout est couclu. 11 cst couteul de vos promesses,
CLÉAXTE. — Le Ciel en soit loué !
MAÎTRE JACQUES. — .Mossieurs, vous n'avez qu'à parler . ensemble : vous voilà d'accord maintenant ; et vous alliez vous quereller, faute de vous entendre.
ci.ÉA.NTE. — îlou pauvre maître Jacques, je le serai olilif,^é toute ma vie.
MAÎTRE JACQUES. — Il u'\ a pas (lo quoi, .Monsieur. HARPAGON. — Tu m"as fait plaisir, maître Jacques, et cela . mérite une récompense. Va, je me souviendrai, je t'assure. ' (II tire son mouchoir de sa poche, ce qui lait croire à maître Jacques ' qu'il va lui donner quelque chose.)
.MAÎTUE JACQUES. — Je VOUS baise les mains.
SCflNE V CLÉANTE, HARPAGON.
CLÉANTE. — Je VOUS demande pardon, mon père, de l'emportement que j'ai fait paraître.
HARPAGON. — Cela n'est rien.
CLÉANTE. — Je VOUS assure (pie j'en ai tous les regrets du monde.
uAitPAGON. Et moi, j'ai toutes les joies du monde de te voir i-aisonnable.
cMÎANTE. — Quelle bonté à vous d'oublier si vile ma faute !
HAP.PAGox. — On oublie aisément les fautCo des entants, lorsqu'ils rentrent dans leur devoir.
CLÉANTE. — Quoi ! ne garder aucun ressentiment de toutes mes extravagances ?
HARPAGON. — C'est uue chose où lu m'obliges par la soumission et le respect où tu te ranges.
cLÉAisTE. — Je vous prouiets, mon père, que, jusques au tombeau, je conserverai dans mon cœur le souvenir de vos bontés.
uAP.PAGON. — Et moi je te promets (ju'il n'y aura aucune chose que de moi tu n'obtiennes.
CLÉANTE. — Ah! mon père, je ne vous demande plus rien; et c'est m'avoir assez donné que de me donner Mariane.
HARPAGON. — Comment?
CLÉANTE. — Je dis, mon père, que je suis trop content d(; vous, et que je trouve toutes choses dans la bonté que vous avez de m'accorder Mariane.
HARPAGON. — Qui cst-cc qui parle de t'accoider Mariane ?
CLÉANTE. — Vous, mou père.
HARPAGON. — Moi ?
CLÉANTE. — Sans doute.
HARPAGON. — Comment? C'est toi qui as promis d'y renoncer.
CLÉANTE. — Moi, y renoncer?
HARPAGON. Oui.
CLÉANTE. — Point du tout.
UARRAGON. — Tu uc t'cs pas départi d'y prétendre ?
CLÉANTE. — Au contraire, j'y suis porté plus que jamais.
HARPAGON. — Quoi ! peudard, derechef?
CLÉANTE. — Rien ne me peut changer.